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La caméra de Claire (KEUL-LE-EO-UI KA-ME-LA)

Sélection officielle - Séances spéciales



SEULE SUR LA CROISETTE





« 95% des erreurs commises dans ma vie sont dues à l’alcool. »

Et si les images avaient un pouvoir secret ? Voilà en quelque sorte l'interrogation qui porte le nouveau film de Hong Sang-soo, dans lequel une photographe amateur semble réussir à changer les choses (et les gens) qu'elle immortalise avec son Polaroïd. Cette photographe miraculeuse, c'est Isabelle Huppert qui retrouve le cinéaste coréen cinq ans après Dans un autre pays. On s’y réjouit notamment de la voir prononcer une phrase du type « c’est la première fois que je viens à Cannes », elle qui arpente la croisette depuis 40 ans… Car, oui, la particularité du film, et peut-être ce qui lui a valu une sélection en séance spéciale à Cannes, c'est de s’y dérouler, pendant le festival justement. L'occasion pour Hong Sang-soo de situer son intrigue dans le milieu du cinéma, même si ce contexte spécifique n'apporte au fond pas grand chose à l'intrigue.

Dan une sorte de mise en abime de son propre cinéma, le réalisateur propose donc une succession de séquences ponctuée par les photos prises par Claire, comme autant d'instantanés de l'histoire en train de s'écrire. De ce fait, on n'est jamais trop sûrs de la temporalité dans laquelle on se trouve : fil temporel parallèle ou alternatif, flashback, flash-forward ? La narration est toutefois moins riche et complexe que dans les précédents opus du cinéaste, et son intrigue elle-même reste assez ténue. On est dans une forme très light d’enquête qui, de conversation (plus ou moins arrosée) en conversation (carrément imbibée), permet à l’héroïne (incarnée par Kim Minhee, nouvelle actrice fétiche de Hong Sang-soo) de comprendre pourquoi elle a été brutalement renvoyée de son emploi.

Hong Sang-soo tourne tant (on est en mai, et il a déjà proposé deux autres films inédits en plus de celui-là cette année, un à Berlin et un en compétition à Cannes), qu'il produit inévitablement un film mineur une fois de temps en temps, et on est plutôt tenté d'inclure La Caméra de Claire dans cette catégorie. Oh bien sûr on retrouve le ton propre au cinéaste coréen, sa mise en scène minimaliste, ses personnages-type (un réalisateur, une jeune femme qui l'admire, etc.), ses longs plans quasi fixes sur des scènes de repas ou de beuveries, ses séquences qui se répondent (d’un licenciement à une rupture amoureuse), et même son humour décalé, mais on a l’impression que cet opus-là se contente d’enjeux assez banals, et n’exploite jamais vraiment le « pouvoir » mystérieux de la caméra de Claire.

Restent quelques éléments qui viennent nourrir le cinéma du Coréen : les rencontres fortuites, le hasard, le triangle amoureux et surtout la force incommensurable du regard (« La seule façon de changer les choses c’est de les regarder très lentement, parfois plus fois »), et par extension, du cinéma. Pas grand chose de neuf sous le soleil de Hong Sang-soo, donc, qui creuse avec ce film, comme avec le suivant, The Day after, et le précédent, On the beach at night alone, la question épineuse du couple illégitime et de la gestion de la découverte de l’infidélité. A sa manière, c'est-à-dire toujours un peu pareil, mais avec une infinité de nuances.

MpM



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