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Un beau soleil intérieur

Quinzaine des réalisateurs - Ouverture
France / sortie le 27.09.2017


AMOUR, GLOIRE ET BOBOS





"Ce sont les domestiques qui pleurent."

Avant la sortie de High Life, film de SF hollywoodien avec Robert Pattinson et Patricia Arquette, Claire Denis est venue sur la Croisette présenter son nouveau film. Un beau soleil intérieur, portrait tragi-comique de ceux qui ne cessent jamais de chercher l'amour a brillamment fait l'ouverture de la Quinzaine des réalisateurs.

Anatomie de l'amour

Isabelle est divorcée, a un enfant et cherche l'amour, encore et toujours. Et comme on peut s'en douter, c'est dans des relations peu saines, avec des hommes mariés, qu'elle espère le trouver. Il y le banquier, cet homme plus attiré par son entrejambe que par ses pensées. Et l'acteur, trop occupé à s'écouter parler pour comprendre son mode de pensée. Mais ils ne sont pas les seuls. Entre le collaborateur, l'ami un peu lourd, l'homme de la poissonnerie, le quinquagénaire et le père de sa fille, c'est un vrai bal de mâles qui se déroule dans la vie d'Isabelle. Mais à chaque fois, la même question : est-ce le bon ?

Et Claire Denis, avec la finesse qu'on lui connaît, ne répond jamais directement à cette question. Elle tourne autour, lance des pistes, laisse le spectateur se faire sa propre idée. Parce qu'en amour, on ne peut jamais être sûr à moins d'avoir essayé. Alors Isabelle essaye. Parfois ça fonctionne, mais souvent ça foire. La faute à qui ? A ces hommes qui ne voient pas tout ce qu'elle est ou à elle qui semble vouloir tout et son contraire ?

Auprès de ses collègues et amies, Isabelle décortique et se révèle. Elle se sent vieillir mais veut continuer à chercher l'amour. Car que serions-nous sans amour ? Ça évoque les amants passés, les orgasmes déclenchés et les regrets. Mais chez Claire Denis, il y a quelque chose de fort, de sincère. Parce que chaque relation humaine est imparfaite, celle-ci fait dans le prototype. Et au moment où l'on pense voir des chemins qui se dessinent, la réalisatrice de Les Salauds nous ramène à la réalité : il n'y a de ressemblance que là où l'on aimerait qu'il y en ait.

Des bobos, partout des bobos

Pour montrer la difficulté que c'est parfois d'aimer, Claire Denis n'a pas cherché très loin. Son personnage principal est une parisienne, la quarantaine bien entamée, artiste torturée, divorcée mais toujours attirée par celui qui l'a engrossée dix ans plus tôt. Ils se retrouvent parfois, s'aimeront toujours mais se portent mieux séparés. Sûre d'elle et inconstante à la fois, Isabelle veut chercher. Mais où doit-elle le faire ? Dans son milieu, dans le tas d'hommes qu'elle déteste ? Ou plutôt à l'extérieur, là où les points communs sont peu nombreux voire inexistants ?

Comme pour montrer le temps qui passe, Claire Denis filme ses acteurs en plein songe. Courant après leur propre vie dans des taxis ou appréciant le corps de l'autre lors de scènes post-coït à mourir de rire. Car avant cela, Isabelle s'impatiente. "Jouis. Toi, jouis… Bon allez là, jouis !"

Photographie réaliste, lieux non-individualisables et musique discrète. Claire Denis ne promeut pas, ne vante pas, n'idéalise pas. Car pas besoin de fioritures quand l'écriture est délicate, intelligente et que le tout est porté par une brochette d'acteurs tous talentueux. De Xavier Beauvois à Philippe Katerine et Josiane Balasko en passant par Nicolas Duvauchelle, Alex Descas, Laurent Grévill et Bruno Podalydès, ils ont tous leur part à jouer.

Mais ce que le spectateur retiendra, c'est finalement cette séquence finale, cette confrontation Depardieu-Binoche, véritable clou du spectacle. En une scène, Gérard change la donne, modifie le ton du film. Et au spectateur de se demander : mais comment ai-je pu croire que c'était un drame quand il s'agit du film le plus drôle que j'ai vu depuis longtemps ?

wyzman



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