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Wonderstruck

Sélection officielle - Compétition
USA


GROUND CONTROL TO MAJOR TODD





«Nous sommes dans le caniveau mais certains regardent les étoiles»

Si on doit chercher le lien génétique entre ce film destiné au grand public et les œuvres précédentes plus personnelles de Todd Haynes, c’est du côté de la différence qu’il faut le trouver. La maladie qui isole dans Safe, le glam-rock dans Velvet Goldmine, l’amour mixte dans Loin du Paradis, la singularité artistique dans I’m not there, l’homosexualité dans Carol et dans ce Wonderstuck, le handicap. Le cinéaste a toujours raconté des histoires plus ou moins mélodramatiques autour de personnes exclues de leur époque, de la société par leur goût de la transgression ou leur capacité à s’affranchir des carcans.

Cependant, Wonderstruck est un film disruptif dans son œuvre. Todd Haynes est parti en quête d’un récit cherchant à plaire au plus grand nombre en usant et en abusant d’une forme narrative hyper convenue, qui ne s’embarrasse d’aucune subtilité, et qui déroule lentement et parfois pesamment ses séquences prévisibles (du coup de foudre « meurtrier » aux incidents divers) ou appuyées vers un épilogue frustrant.

Todd Haynes peut évidemment compter sur l’histoire même de son scénario et sur ses comédiens (Julianne Moore réussit à imposer un second-rôle intense avec une facilité déconcertante) pour tirer les larmes à certains moments. Il n’a pas perdu son sens du style, même si la musique peut parfois agacée en prévenant trop le spectateur de ce qu’il va ressentir. L’esthétisme vintage (ici les années 20 et années 70 new yorkaises) l’amuse toujours autant et on doit lui reconnaître un perfectionnisme appréciable sur les reconstitutions.

Pour le reste, à force d’allers-retours entre les deux époques (l’une en noir et blanc, l’autre en couleurs délavées), le film manque de fluidité et surtout, de consistance. Le fait d’assister à une multiplication de vignettes plus ou moins bien adroitement collées les unes aux autres empêche de nous plonger complètement dans cette histoire, qui prend racine au New Jersey en 1927, pour nous conduire au nord du Minnesota cinquante ans plus tard, passant d’une fille d’actrice célèbre sourde à un orphelin qui va perdre l’ouïe subitement.

Maps to the Stars

Même là Todd Haynes n’a pas osé le point de vue subjectif, nous emmenant dans ce monde sans le son. Parfois, il utilise des effets auditifs pour nous mettre dans la tête de ses deux héros. Juste pour la forme. Clairement, il préfère répéter des phrases, des plans, de peur que nous n’ayons pas compris, ou simplifier la trame de son histoire, quitte à laisser un gros morceau de script hors-champs. Ainsi, malgré l’explication qui permet de comprendre le lien entre les deux périodes et entre les deux enfants malentendants, on ne saura jamais pourquoi / comment la mère de Ben n’a pas rejoint le père, pourquoi la grand-mère de Ben n’a pas pris des nouvelles de son petit-fils, et ce durant des années. Ce gros vide tue littéralement toute vraisemblance à ce mélo complexifié par la seule grâce du montage (en soi, l’intrigue est assez basique).

Entre une fille qui regarde son étoile de mère et un fils qui rêve que son père soit un spécialistes des étoiles, il y a des points communs évidents : fugueurs, mal aimés, cherchant le « père » de leurs rêves. Et puis il y a les traits / décors / passions similaires qui les unit à travers le temps qui tentent de créer un parallèle entre les deux destins. Todd Haynes ne parvient pas à se débarrasser de son storytelling et peine ainsi à rendre son film « incarné ». Au-delà de la belle histoire sentimentale, on s’interroge sur son talent habituel qui, jusque-là, transcendait ses effets de style pour nous emporter dans un tourbillon d’émotions.

Wonderstruck devient ainsi son film le plus léger, voire dilué. « Où est ma place » écrit à un moment donné la petite Rose. C’est la question que se posent tous les héros du réalisateur depuis près de vingt-cinq ans. On aurait envie de lui dire : pas dans ce cinéma hollywoodien. Là où il y a du Haynes, y a de l’amour. Ici, il n’y a qu’une certaine indifférence à suivre les péripéties déjà vues d’un cousin d’Hugo Cabret, dans un film qui croise diverses influences, de Wes Anderson à Steven Spielberg. A défaut du coup de foudre tant espéré, on se contentera de voir Wonderstruck comme une simple curiosité dans sa filmographie.

vincy



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