Choix du public :  
 
Nombre de votes : 403
 












 
Partager    twitter



festival-cannes.com
site officiel

 

Old boy (Old boy)

Sélection officielle - Compétition



DEMON INCEST





- Pine d’oiseau, je n’avais jamais entendu ça. La TV n’apprend pas les insultes.

Il y a des chocs qui laissent plus de traces que d’autres. Et parfois les cicatrices donnent une personnalit� � un corps. Old Boy fait partie de cette catégorie de films qui ne laisse pas indemne. Nous sommes enfermés, avec le personnage principal, dans une folie qu’on aimerait croire hallucinatoire.
Reconnaissons déj� le grand talent de mise en scène du réalisateur Chan-Wook Park. Mais déj�, en écrivant cela, ne sommes-nous pas davantage bluffés que conquis ? Car Old Boy est un film de genre, au croisement du manga (ce qui explique les gadgets visuels et rend l’esprit cartoon � la perfection) et du thriller (violent). Il est facile d’être séduit par tant de classe, � l’instar du ravisseur ravissant et si élégant. Il est aussi raffin� et glacial que l’autre est bestial, gourmand, destructeur. Choi Min-sik nous plaque au siège avec son interprétation d’homme au bord de la crise de nerfs, entre suicide et mutilation, débutant avec une ivresse irresponsable et finissant avec un silence schizophrénique. Le délire est palpable. La musique accompagne alors cette symphonie antipathique pour le diable.
Histoire de fous, histoire de cinéma. De pur cinéma tellement tout est mis en scène. Entre fantastique et suspens, entre Lynch et Hitchcock. Et encore, ce serait réducteur. La psychologie est forcément malmenée. Nos codes rationnels se retrouvent sans référents face � de tels actes. Car nous parlons ici d’une manipulation irréelle, d’une machination passionnante, qui dure 25 ans.
En reprenant toutes les astuces du cinéma actuel (de Jeunet � Tarantin, des webcams aux arrêts sur images) comme les moins récents (la femme fatale est évidemment vêtue de rouge), le réalisateur nous mène par le bout du nez en nous obligeant � fermer les yeux. S’il a un talent, c’est de résumer l’extrême violence de son scénario par le pouvoir de l’évocation. Sans tabous, il nous épargne pourtant les chocs les plus durs. L’imagination (c’est-�-dire nous faire comprendre ce qui se passe sans nous le montrer explicitement) reprend le pouvoir. D’ailleurs il le fait dire : c’est l’imagination qui créé la peur. Il réussit très bien son coup. Malin. D’autant qu’il semble connaître la recette en utilisant un humour très décal� mais salvateur pour ne pas trop nous oppresser.
Insoutenable pour les âmes sensibles (et les protecteurs de poulpe vivant), Old Boy se permet une grivoiserie rare dans le cinéma asiatique (la séquences des suppositoires) et une scène de sexe, qui, a fortiori, mettra mal � l’aise.
C’est l� qu’intervient les limites de son film. Trop ancr� dans cette surenchère permanente, il empêche une quelconque rédemption et provoque un gâchis (relatif) avec son final inutilement sanglant. Les mots sont parfois plus terrifiants, tant la vérit� est � mille lieues de ce que l’on a imagin�. De même, la musique classique qui sert � adoucir le sadisme visible fait écho � trop de films (louchant grossièrement du côt� de Kubrick : Shining comme Orange Mécanique) pour provoquer la surprise.
Tant d’excès pour quoi ? Révéler la bête qui est en nous ? Pointer du doigt l’irresponsabilit� de ces matérialistes alcooliques ? Dans cette toile vertigineuse et opaque, dans ce cerveau labyrinthique, nous nous égarons un peu. Mais le plaisir nous rattrape � chaque fois, de manière � ne pas décrocher de ce jeu de piste o� les tortures se succèdent. Ici, quand on baise ça fait mal. Et quand on lèche les bottes, on se coupe la langue.
C’est un film admirablement chorégraphi�, pour une quête dérisoire et une vérit� atroce. Il y a plusieurs morales et plusieurs raisons. Et pourtant tout est immoral et déraisonnable. L’élégance ne fait que cacher l’ignominie. Le piège est magnifique : même le spectateur s’y laisse prendre. Une tentation � laquelle nous succombons avec masochisme. La persuasion de ces images est trop forte. L’homme en face est bris�, et comme lui 25 ans auparavant, nous ne résistons pas � l’envie de le voir jusqu’au bout. Alors nous lançons, comme lui, une rumeur sur ce film. Peut-être est-elle fausse.
Après tout, c’est si vain, si anodin pour nous. Mais peut-être que ça ne ‘lest pas pour son auteur et qu’il voudra, du coup, nous entraîner dans une autre manigance, sa vengeance : son prochain film.

vincy



(c) ECRAN NOIR 1996-2017