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Mondovino (Mondovino)

Sélection officielle - Compétition
Royaume Uni


CRITIQUE DU RAISIN MUR





«- Peut-on faire du vin de coco ?»

Mondovino avait tout pour être un reportage de prestige pour la télé, en deux parties. Car 160 minutes en salles pour se tuer les yeux avec une image à peine stable, parfois floue et relativement amateur, risque de décourager les curieux. Pourtant ce serait manquer une histoire de sang, de pouvoir et de fric. Un Dallas mondialisé autour d’un or rouge ou blanc, le vin. Avec MC Solaire en vedette de la grappe. Si la forme visuelle n’avait pas été aussi peu travaillée, et si le documentaire avait bénéficié, à l’instar d’un Michael Moore ou de Cinéastes à tout prix par exemple, d’une narration écrite, inventive, plus dramatique (avec quelques chiffres), Mondovino aurait été un grand film.
Car les vedettes, des hommes et des femmes d’un autre monde, celui du vin, débordent d’humanité, de vérité et leur talent consiste d’ailleurs à nous faire partager leur passion. Les mots sont crus, les réflexions lucides ou démagos, les paroles font rire par leur ironie ou leur humour. Et forcément, l’on s’attache. Pas à tous. Nossiter est assez malin pour ne pas transformer son propos en accusation manichéenne mais prend clairement parti pour ceux qui défendent les Appellations d’origine contrôlée, les artisans du vin, les amateurs des bouteilles accessibles à tous, et d’une certaine manière pour les incorruptibles. Le monde des alter-vignerons en quelque sorte. Car des vignes familiales ou des vins de communauté, nous sommes passés à la grande industrie, avec experts fumeux, critiques assoiffés de reconnaissance, et multinationales en lice pour une rentabilité toujours plus forte. Désormais un vin n’a plus de qualificatif imagé, mais des notes comme au patinage artistique.
Le culte de l’argent l’a emporté sur l’adoration de la culture. Mais, reconnaissons-le, ce qu’il y a de plus touchant est de noter avec quelle constance le vin reste une affaire de famille, quelque soit les lieux et les enjeux. Après c’est une affaire de goût, et la guerre y est totale. D’un dogme imposé par quelques critiques et consultants, tous les vins du monde entier tendent à se transformer pour être appréciés du palais de quelques uns. Au risque de dénaturer le terroir de chacun. A renier les racines des vins, on court à la disparition de sa valeur- quasi extatique. Un cartel a glorifié un certain vin. Et il y est difficile d’y résister, surtout quand la bouteille triple son tarif. Un inceste média-producteur-consultant (qui micro-oxygénise à tout va tous les vins) qui rend impur le breuvage.
Car, le critique se fait chantre de la démocratie au détriment d’une élite aristocratique en déclin. Et là, remercions Nossiter. D’abord, le cinéaste n’est pas dupe et n’a besoin de rien pour ridiculiser les grotesques et les arrogants, les méprisants et les corrompus. En France, désormais il faut savoir qu’il y a des « winemaker ». Pouffons devant leur jargon made in HEC qui n’ plus rien à voir avec l’amour de ce précieux liquide autrefois adoré des Dieux. Nossiter a choisi quelques personnages en couleur pour nous faire respirer et nous donner un point de vue plus humain, plus terrien. De Mondovi à Christie’s en passant par quelques artisans, tout le parcours du vin nous est décrit, et surtout les enjeux de cette agriculture. Mais le documentariste va plus loin, en invitant les animaux à animer l’image, ou en faisant avouer les relations troubles de certaines familles (celles qui se vendent à la multinationale Mondavi) avec les dictateurs Mussolini et Péron ou en collaborant avec les Nazis. Et puis, le film reprend sa légèreté : la bêtise crasse des uns, les gaffes des autres, une couille qui s’échappe d’un caleçon et une série de conneries débitées par un journaliste.
On a envie d’interagir. D’intervenir. Car sous ses apparences chiches et un sujet sans chocs, Mondovino est un appel clair à la résistance et à la différence.

vincy



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