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Pablo Neruda

 

Neruda

Quinzaine des réalisateurs - Compétition
/ sortie le 04.01.2017


DANS LA TÊTE DU POÈTE






«Où est ce gros communiste?»


Fin des années 40, le fameux poète communiste chilien, Pablo Neruda est une star ou un paria selon les opinions. Le voilà dans une pissotière, entouré par tous et prêt à se prendre un coup de canne par un nationaliste. Mais Neruda ne se dément pas, il est même fier, très fier de ses dires et de sa haine du président de son pays (il adore passer devant sa résidence tard dans la nuit et klaxonner comme un dingue). Quand il n'écrit pas ses magnifiques vers, il organise des fiestas à l'image de celles de Gatsby dans sa résidence. Evidemment, cette résistance va se payer. Le poète va être déclaré traître et va devoir fuir et se cacher.

L'épisode historique n'est que le début de la cavale. Pour le reste, nous nageons dans une course poursuite entre le traqué et le chasseur (Gael Garcia Bernal, magistral) à la manière d'Attrape-moi si tu peux de Spielberg. Pablo Larrain montre cette chasse à l'homme et le symbole que représente le poète (métaphore de tous les artistes persécutés par les régimes autoritaires) que les faits historiques. En cela ce n'est pas un biopic, mais plutôt un thriller. Il signe un antibiopic poétique tout en séduisant les fans de polars. C'est aussi ce qui le rend jouissif. L'imagination et le talent de l'écrivain débordent au point de fausser le réel, ce qui plonge le spectateur dans un merveilleux doute accentué par la douce voix-off de Gael Garcia Bernal.

Ainsi, nous croisons les doigts pour que Neruda (Luis Gnecco, impérial et habitant le personnage) ne se fasse pas prendre tout en espérant qu'Oscar (le flic semi- étrange du film et incarné par Bernal) s'en tire sans une égratignure. Paradoxe étrange et grande réussite du film.

Neruda est un jeu de pistes fantasmagorique où le héros sème quelques miettes de littérature pour toiser son poursuivant dans son sillage, rendant la chasse palpitante autant pour les protagonistes que pour les spectateurs. Policier et politique se mélangent à une ambition où l'imaginaire et la littérature sud-américaine pour produire un film maîtrisé comme Larrain sait si bien les réaliser. Il nous hante, tel un merveilleux roman qu'on ne veut pas lâcher.

Cynthia



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