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La danseuse

Certain Regard
France / sortie le 28.09.2016


BEAUTE VOILEE





"Vous ne pouviez trouver personne pour vous faire plus de mal. "

Premier film non exempt d’un certain académisme, La danseuse se veut le portrait poignant de Loïe Fuller, considérée comme une pionnière de la danse contemporaine, qui connut la gloire dans le Paris de la fin du XIXe siècle, avant d’être injustement éclipsée par l’Histoire. Magistralement interprétée par une Soko véritablement habitée, cette jeune femme passionnée et visionnaire imagina une forme de danse complexe, nécessitant un lourd mécanisme, des mètres de tissus léger et de violents éclairages.

Visiblement sous le charme de son personnage, Stéphanie Di Giusto se lance dans une hagiographie quasi exhaustive qui fait de Loïe Fuller une martyre de son art, "lâchement" trahie par celle qu’elle avait contribué à faire connaître, la belle Isadora Duncan. Lorsque celle-ci apparaît à l’écran sous l’apparence gracieuse de Lily-Rose Depp (la fille de), c’est d’ailleurs un festival de gros plans lourds de sens, prévus pour faire comprendre au spectateur même le plus distrait qu’il s’agit de la méchante de service. Le trait est ainsi sans cesse forcé, au détriment des aspects plus intéressants de la personnalité de Fuller (son féminisme et son avant-gardisme, notamment) ou de la relation justement complexe qu’ont au départ entretenu les deux femmes.

Le scénario insiste également beaucoup (trop) sur la nature autodestructrice de l’héroïne et son amitié trouble avec l’aristocrate-junkie campé sans grande finesse par Gaspard Ulliel. En revanche, il passe bien trop rapidement sur la genèse des chorégraphies pourtant extrêmement élaborées de Loïe Fuller (à voir le film, on croirait qu’elle a tout inventé en une nuit), ce qui est assez révélateur du principal défaut du film : dramatiser au maximum le récit, quitte à s’enfermer dans un biopic ultra-classique. Par moments, tout dans la construction, le rythme et les choix de narration font même l’effet d’une caricature du genre qui, à force de vouloir tout dire sans ennuyer le spectateur, finit par seulement survoler son sujet.

Reste que les scènes de danse en elles-mêmes sont d’une beauté à couper le souffle. C’est à l’écran une explosion de mouvements et de couleurs qui donnent l’impression que le temps est en suspension. Dans cette féérie visuelle perpétuellement renouvelée, on ne peut s’empêcher de voir la grâce à l’état pur, celle qui déclenche malgré nous des flots d’émotion incontrôlés. Rien que pour cela, il faut remercier Stéphanie Di Giusto, et surtout l’incroyable Soko, d’avoir ressuscité, l’espace d’un film, la magie des folles chorégraphies de Loïe Fuller.

MpM



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