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Dernier train pour Busan (Train to Busan - Busanhaeng)

Sélection officielle - Séances spéciales
/ sortie le 17.08.2016


TRAIN D'ENFER





Le train KTX 306 de 5h30 en direction de Busan va bientôt partir de Seoul, attention à la fermeture des portes… Attention,au tout dernier moment il y a une personne qui a réussi à se précipiter dans le train, et elle est infectée. Dommage pour les passagers du train, le trajet va être particulièrement agité ! Dernier train pour Busan est non seulement la bonne surprise de l’été mais aussi un des films-évènement de l’année (plusieurs records au box-office de Corée du Sud). Prenez votre ticket pour un voyage sans retour où chaque passager va devoir lutter pour sa survie…

La règle Z

Depuis la saga …of the Dead de George A. Romero (6 films depuis Night of the living dead en 1968 jusqu’à Survival of the dead en 2009) au cinéma, on connaît bien ce qu’est le phénomène zombie : une épidémie d’abord locale est vouée à s’étendre de manière globale, c’est irrémédiable. Pour le processus de contagion ça commence quelque part avec une personne contaminée qui va s’attaquer à d’autres qui vont s’attaquer à plein d’autres, et ça se propage dans toute la ville puis dans tout le pays et partout dans le monde, c’est inéluctable. Imaginez un zombie dans un train et très vite il y en aura plusieurs dizaines à l’intérieur. Mais à l’extérieur c’est encore pire avec des milliers de zombies à chaque gare ! Ce dernier train en direction de Busan apparaît d’abord comme un futur tombeau mortuaire où chaque passager risque de succomber et de se transformer, mais il pourrait être aussi le dernier moyen pour se protéger et fuir. Cette double dimension du train à la fois piège et refuge est une des meilleures idées du film.

La renaissance des Zombies

Au sortir de son avant-première en séance de minuit au Festival de Cannes Dernier train pour Busan récoltait déjà tout les superlatifs : ‘meilleur film du festival’, ‘meilleure séance de minuit à Cannes depuis plus de dix ans’… Il y a encore quelques années les zombies passionnaient surtout les fans d’horreur et de fantastique mais le genre était plutôt moribond. Il a fallu attendre un renouveau au cinéma avec, d’abord, l’électrochoc 28 jours plus tard de Danny Boyle en 2002, puis en 2004 la comédie Shaun of the dead des britanniques Edgar Wright et Simon Pegg et du remake L’armée des morts de Zack Snyder et James Gunn. Ces deux succès simultanés ont relancé les fameux zombies de George A. Romero qui, du coup, a pu revenir au devant de la scène avec un Land of the dead en 2005. Depuis les zombies ont gagné le cœur (et le cerveau) du grand-public avec à la télévision la série Walking dead (7 saisons depuis 2010).

Une remarque revient souvent chez les mordus, un zombie ça marche et ça ne devrait pas courir : ça a déjà été arbitré au moins depuis 28 jours plus tard. D’ailleurs, si le revenant court très vite pour vous manger, on parlera plutôt d'un ‘infecté’ et non pas d'un ‘zombie’, mais ça ne change pas grand-chose. Donc, oui, les zombies désormais courent très très vite et sont très féroces, et la transformation d’humain en zombie est très rapide. C’est exactement ce type de zombie moderne qui va se retrouver dans ce Dernier train pour Busan.

Un drame pour soutenir l'horreur

Le film commence par une introduction en guise d’amuse-bouche: un banal accident de la route va montrer quelque chose d’effrayant et typique des films de zombies : la contamination est en cours et (bien entendu) ça va se propager… On fait connaissance avec une mignonne petite fille dont c’est l’anniversaire et avec son papa divorcé tellement pris par son travail qu’il n’a même pas trouver le bon cadeau pour elle. La gamine veut rendre visite à sa mère à Busan, et, coupable, il se laisse convaincre à contrecœur de prendre des billets de train.
Cette longue séquence d’ouverture plutôt dramatique fait d’ailleurs douter un court moment de l’orientation que va prendre le film, mais une fois arrivé dans le train plus de doutes, on est bien sur les bons rails : il y a une jeune femme infectée dans un wagon. On sait que ça va être le pire pour les personnages, et ça sera le meilleur pour les spectateurs. En plus de la fillette et de son père il y a beaucoup de monde dans ce train : une équipe de jeunes ados de base-ball, un PDG sans scrupules, une femme enceinte et son mari, deux grand-mères…, soit toute sorte de gens qui n’ont rien en commun sauf de se retrouver tous ensemble dans le train fatal. C'est une galerie d’individus plus ou moins stéréotypés, reflet d'un microcosme de la société coréenne et des différents caractères humains : le courage qui fait les héros et l’individualisme qui fait les salauds se révèlera chez les uns et les autres.

Histoire parallèle à Seoul Station

Le réalisateur Yeon Sang-ho est déjà connu pour ses films d’animation. Remarqués dans divers festivals, ils n'ont malheureusement pas été distribués en salles : The king of pigs (Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en 2012) et the fake (Festival du Film d'Animation d’Annecy en 2014) avec déjà comme thème cette auscultation des inégalités de la société coréenne où des puissants provoquent des catastrophes tandis que des méprisés vont devoir lutter contre. Son précédent film, Seoul station (en 2016 au BIFFF le festival fantastique de Bruxelles, avec le prix Corbeau d’argent ex-æquo), serait presque une première partie en animation du Dernier train pour Busan : au milieu des clochards, devant une gare, un homme va en dévorer un autre, et pendant que les zombies envahissent la ville, un trio va régler ses problèmes relationnels tout en essayant de survivre (en fait les évènements de Seoul station se déroulent en parallèle de ceux de Dernier train pour Busan).
Déjà avec ses dessins, Yeon Sang-ho composait des cadrages et un rythme proche du cinéma, en se permettant des plans en hauteur au dessus de la ville et d’autres avec des centaines de personnages. En fait pour ce Dernier train pour Busan, il a eu les moyens nécessaires à son dessein: si l’action est majoritairement confinée dans les différents wagons d’un train, le film va aussi montrer des séquences qui prennent de la hauteur avec des centaines de zombies à l’image.
Car son thriller va bien au-delà du concept ‘des zombies dans un train’ (contrairement au film Plane of the dead qui exploite juste l’idée ‘des zombies dans un avion’). Avec Dernier train pour Busan) il s’agit véritablement d’un film de zombie du meilleur genre qui aborde dans son intégralité toute la mythologie zombie : le début de l’infection, le mode de contagion, la lutte contre la propagation, le désespoir de l’annihilation.

Grande vitesse

Le train est un lieu à la fois en mouvement et en huis-clos, il suit un chemin tracé sur des rails avec ses différents wagons, où le danger mortel est autant à l’intérieur que à l’extérieur (comme le Snowpiercer de Bong Joon-ho). A limage d’un train, le film démarre doucement puis l’action se met à accélérer mais tout va à grande vitesse, ça déraille et ça continue de manière surprenante.... Le réalisateur exploite à merveille la géographie de ce type de décor avec portes transparentes, toilettes, porte-bagage, tunnels, aiguillage…, chaque élément pouvant faciliter et retarder la progression de zombies qui deviennent de plus en plus nombreux au fur et à mesure des victimes.
L’histoire va d’ailleurs se resserrer autour d’une dizaine de personnages qui représente les différents âges d’une population, ce qui est ici plutôt bien vu à l’inverse des clichés américains (où souvent on n’échappe pas à une addition comme : blonde sexy, leader musclé, geek rigolo et le black qui meurt en premier…). On découvre les personnages en même temps qu’ils se découvrent eux-mêmes, avec leurs failles et faiblesses individuelles qui seront éventuellement compensées par une entraide collective. Le cinéaste Yeon Sang-ho semble avoir trouvé un bon équilibre entre les différents personnages (avec des morts inattendues) et les divers assauts de zombies (brutaux mais pas si sanglants). Cependant, l’ensemble n’est pas trop violent et contient un peu d’humour : Dernier train pour Busan est avant-tout un thriller d'action spectaculaire.

Tout comme d’autres films coréens avant lui (comme The Host, The Chaser, Pandémie…) ou plus largement asiatiques (The Raid, Infernal affairs, Battle royale, I am a hero de Shinsuke Sato (l’autre meilleur film de zombies de 2016…), ce Dernier train pour Busan est un film culte en devenir. Largement supérieur aux productions convenues et prévisibles venues d'Hollywood, aussi bien dans sa narration que dans ses effets visuels, Dernier train pour Busan peut se prévaloir du terme blockbuster dans le meilleur sens du terme : rafraichissant et jouissif, incroyable et formidable, extraordinaire. Et si c’était un des meilleurs films de l’année ? Il vous suffira d’un ticket de cinéma pour le découvrir.

Kristofy



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