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La forêt de quinconces

Sélection officielle - Séances spéciales
France / sortie le 22.06.2016


LE JE DE L'AMOUR ET DU HASARD





Comme il est déconcertant, ce premier long métrage de l'acteur Grégoire Leprince-Ringet ! Tout d'abord, on essaye d'identifier le texte original, tant on le croirait tout droit sorti des classiques du théâtre, Racine et Corneille pour les passages tragiques et versifiés, Molière pour l'étude de la nature humaine, et puis Shakespeare et la tragédie grecque pour la force du hasard et du destin, ou encore Musset pour la réflexion cinglante sur l'amour qui renvoie dos à dos hommes et femmes. Pourtant, il faut se rendre à l'évidence : le réalisateur est le seul scénariste. Il a juste extrêmement bien digéré les thèmes propres au théâtre classique et romantique, qu'il aborde avec une modernité bienvenue.

On est ainsi cueilli par la facilité avec laquelle les dialogues alternent entre répliques en rimes et langage contemporain, de même que par le contraste entre scènes longues très verbeuses et séquences musicales plus enlevées. Qu'elle est jolie, cette scène où le personnage principal scelle son destin en dansant avec la jeune femme qu'il a décidé de suivre dans la rue ! Dans le ballet rythmé qui entraîne leurs corps, il y a déjà tous les enjeux de leur relation : la défiance et la séduction, les promesses et les doutes, l'amour et l'orgueil. Cette originalité dans le ton, renforcée par une mise en scène très variée qui cherche systématiquement à se démarquer du théâtre filmé, contrebalance à merveille le grand classicisme des propos qui pourraient à la longue sembler artificiels.

Malgré son aspect hyper référencé, La forêt de quinconces s'ancre ainsi naturellement dans le quotidien de notre époque. On savoure alors les transpositions audacieuses entre une vision presque "chevaleresque" de l'amour et la réalité plus crue d'une consommation immédiate. Pour autant, Grégoire Leprince-Ringuet refuse les facilités du naturalisme en proposant au contraire une incursion dans le fantastique à travers les sortilèges magiques de Camille et les tours du destin incarnés par l'inquiétant mendiant.

Les passages versifiés donnent par ailleurs une patine au texte, lui conférant une universalité qui transcende l’époque et le lieu. Le film va ainsi au-delà d’une banale histoire d’amour qui s’achève pour embrasser toute la complexité des relations sentimentales, du rapport à l’autre, du paradoxe entre la solitude de l’être humain et son besoin irrépressible de trouver une âme sœur. Tout le film est basé sur ce jeu d'opposition qui met les personnages face à leurs contradictions les plus intimes, pris dans la jungle de leurs désirs, aspirations et peurs les plus profondes, symbolisés par la forêt du titre où il est si facile de se perdre à jamais.

MpM



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