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Interview de Paolo Virzi

 

Folles de joie (La Pazza Gioia - Like Crazy)

Quinzaine des réalisateurs - Compétition
Italie / sortie le 08.06.2016


CINGLÉES





«Tu crois que le bonheur réside dans un sandwich ? »

Valeria Bruni-Tedeschi a un don pour incarner les aristocrates contemporains, ces bourgeois et nouveaux riches, qui se croient au dessus des lois. Dans Folles de joie, où elle retrouve le cinéaste Paolo Virzi (Les opportunistes), l’actrice brille une fois de plus en folledingue (bipolaire) qui tutoyait les grands avant de s’amouracher d’un caïd de bas étage (qui lui pissera à la gueule de son balcon, par ailleurs). Voleuse et malicieuse, elle envahit même le film avec cette générosité et cette chaleur très italienne.

Entre comédie et drame, le film confronte donc cette « princesse » style Madame de Rotschild bling-bling, indigne des incultes et décérébrés qui l’entourent dans son asile, et une nouvelle comparse qu’elle adopte vite, incarnée par Micaela Ramazzotti (épouse du réalisateur au passage). Les deux femmes, actrices talentueuses, se partagent bien les rôles. Le fantasque et le drôle pour la Bruni-Tedeschi (même si elle hérite de séquences légèrement plus sombres), l’émotion et le pathos pour la Ramazzotti.

Folles de joie empreinte un peu le chemin de Thelma et Louise en faisant les 400 coups. Deux femmes emprisonnées (dans un foyer de « rédemption » thérapeutique, soignant les âmes brisées et les psychismes bien amochés) s’offrent une fugue en toute liberté, à la recherche de leur passé. La folie est en elle, la joie se traduira par des rencontres (brèves) et des situations parfois cocasses. Avec quelques jolies répliques (« - Vous êtes folles ! – Selon certains experts, il semblerait »), elles nous entraînent dans leur voyage à deux en Italie.
A partir de l’odyssée de ces deux naufragées, Paolo Virzi dessine le portrait d’un pays en crise identitaire, fracturé entre riches et pauvres (même chez les « fous »), entre profiteurs et suppliciés.

Le scénario est bien ficelé, maîtrisé, pariant sur le comportement incertain de ses protagonistes, qui n’ont pas toute leur tête, pour nous tenir en haleine. La construction, assez classique, est assez efficace pour approfondir les personnages, tout en nous faisant rire ou en nous touchant. Paradoxalement, si les deux femmes sont déséquilibrées, le film ne perd jamais son équilibre. La mise en scène, sans chercher à être stylisée, valorise chaque séquence (certaines sont d’ailleurs très belles) et ne perd jamais le rythme. Folles de joie ne manque pas d’entrain.

Et si on s’amuse des frasques de l’une, et si on s’inquiète du destin de l’autre, cela reste un « fell-good movie » humain qui refuse toute superficialité. Les hommes, lâches ou absents, ne rivalisent pas avec l’esprit de résistance et même de survie de ces femmes, qui pourtant succombent trop facilement aux mâles et à leurs propres démons. Sous le vernis de ces italiennes intrépides (et formidables) la souffrance intime pointe souvent son nez. L’échappée belle de ces deux belles s’avère plus poignante qu’on ne s’y attendait. Ce qui n’empêche pas le film d’être lumineux.

vincy



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