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Ma' Rosa

Sélection officielle - Compétition
/ sortie le 30.11.2016


GARDE A VUE





"Des fois, je me dis qu’on ferait mieux de devenir gogo-dancers."

La situation n’est pas rose aux Philippines, et probablement ne risque-t-elle pas de s’améliorer avec l’arrivée au pouvoir du populiste Rodriguo Duterte qui revendique des méthodes plutôt expéditives comme le retour de la peine de mort et le droit pour la police de tirer à vue sur les criminels présumés lors de leurs arrestations et descentes. Le nouveau film de Brillante Mendoza, Ma’Rosa, s’inscrit dans ce lourd contexte social, économique et politique en décrivant la situation caractéristique d’une famille de petits commerçants qui vend de la drogue pour arrondir ses fins de mois. Arrêtés par la police, le père et la mère sont sommés de "collaborer" sous peine d’être immédiatement emprisonnés. Ils doivent ainsi acheter leur liberté au sens propre, quitte à s’endetter pour le restant de leurs jours.

Le sujet (les difficultés économiques et sociales du pays ainsi que la forte corruption policière) n’est guère neuf dans la filmographie de Brillante Mendoza, ni même dans le cinéma philippin en général. Le film Shackled de Lawrence Fajardo (2012) allait d’ailleurs plus loin dans sa description précise et froide d’un système qui ne fait que s’autoalimenter, chacun tombant nécessairement dans l’illégalité pour s’en sortir, y compris les hommes chargés de faire respecter l’ordre, et qui s’arrogent au finale la plus grosse part du gâteau. On ne peut donc pas dire que l'on soit véritablement surpris par l'intrigue de Ma’Rosa, qui semble une variation au fond très sage sur le sujet.

Filmé avec une importante économie de moyens, il adopte pour plus de réalisme la forme la plus proche du documentaire, avec une image numérique sans relief, des éclairages approximatifs et une caméra sans cesse au cœur de l’action, mais bien moins virtuose que dans les précédents films du réalisateur. Les scènes sont également étirées pour sembler le moins écrites possibles, quitte à paraître parfois interminables et répétitives. Le cinéaste joue d’ailleurs avec les nerfs du spectateur en le mettant à la place des prévenus pris au piège de ce commissariat où tout peut arriver, surtout le pire.

Il suit les personnages dans de longs couloirs délabrés et éclairés au néon, filme le sang qui dégouline sur le sol lorsqu'un détenu refuse de collaborer, montre le visage effrayé des personnages et fait monter une tension anxiogène avec une musique lancinante et bourdonnante particulièrement réussie. L’émotion, elle, ne surgit que fugacement lorsque les trois enfants du couple jettent leurs dernières forces dans la bataille pour obtenir la somme d’argent nécessaire à la libération de leurs parents, quitte à sacrifier leur intégrité et leur amour-propre. Même si l’on est forcément révolté et écœuré par cette démonstration implacable d’un mélange d’impunité et de violence institutionnelle, Ma’Rosa n’en demeure pas moins un film relativement mineur dans la riche filmographie de Brillante Mendoza qui, sur une thématique proche, nous avait plus impressionnés, choqués et bouleversés avec Kinatay en 2009.

MpM



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