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Elle

Sélection officielle - Compétition
/ sortie le 25.05.2016


MONSTRES & CIE





«- Les convulsions orgasmiques sont beaucoup trop timides…
- A croire qu’ils ont peur du sexe
».

L’alliage peut paraître étrange : Paul Verhoeven, Philippe Djian, Isabelle Huppert. Elle a hérité des trois. Une mise en scène efficace et élégante, une histoire psychologiquement trouble et perverse, une héroïne ambiguë et bien névrosée.

C’est aussi sans doute pour ces raisons que la seule surprise provoquée par ce thriller provient de sa tonalité. Car Elle est un film plutôt drôle, doté d’une irrésistible ironie grinçante, jusqu’aux derniers plans, où, les femmes nous font comprendre qu’elles sont aux commandes, renvoyant ainsi les hommes à leur bassesse.

Tout comme par le viol d’une femme par un inconnu masqué, sous le regard indifférent de son chat. Elle ne porte pas plainte, ne l’explique pas immédiatement à son entourage. C’est le sujet central du film. En arrière plan, il y a toutes les histoires de famille, où chacun gère comme il peut l’héritage atroce du père, en prison. Le film en est presque chabrolien tant Verhoeven décrit avec précision les mœurs et rapports hypocrites de cette bourgeoisie urbaine et friquée, où les mâles sont des obsédés sexuels, mais surtout semblent castrés professionnellement. Où les liens du sang sont parfois moins puissants que le lien entre deux amies ou celui entre l’agresseur et l’agressée.

Cette galerie de personnages tournés en ridicule ou manipulateurs, profiteurs ou aveuglés, tous égoïstes et monstrueux à leur manière, nous entraîne dans leur « vaudeville » inquiétant. En voulant montrer que les fantasmes sexuels des uns ou les désirs auxquels aspirent les autres sont spécifiques et n’appellent aucun jugement, le réalisateur – qui a toujours aimé le souffre et le sang – s’amuse. Cependant, il reste en surface, et même si le film peut s’avérer glaçant, il évite d’approfondir la psychologie et les intentions de ces dominateurs et soumis. On peut se réjouir que le film ne soit pas explicatif ou moralisateur. Cependant, cela conduit Elle à n’être qu’un (très beau et très bon) thriller sur la transgression.

Polémique, ironie et préjugés

Là commence la gène. Le personnage d’Huppert se fait violer par un inconnu. Et elle va en redemander, entretenant avec son agresseur une liaison masochiste et complice, mais aussi libre et déterminée. Une sorte de syndrome de Stockholm assumé. A une époque où plus de 300000 femmes se font violées dans le monde chaque année, certains pourraient voir dans le film, la thèse (fictive) que le violeur n’est atteint que d’une maladie, qui plus est, acceptable par les femmes qui en sont victimes. Il est une menace, il dérègle les conventions, mais il est toléré, et même pardonné.

La limite de Elle tient dans cette absence de recul par rapport à un acte bestial (pourtant filmé de manière brutale). Ce qui ne condamne pas le film : d’autant que Huppert apporte les nuances nécessaires à son personnage pour que le spectateur comprenne qu’il s’agit d’un rapport sexuel entre adultes consentants, qui n’a que faire de nos jugements (et qui d’ailleurs s’amuse des préjugés et joue avec l’observateur de cette « comédie humaine » en prenant souvent le contre-pieds de la morale).

Verhoeven n’étant ni Haneke, ni Polanski, ce n’est pas le confort bourgeois qui est menacé, mais bien la bourgeoisie qui se menace elle-même. On comprend que le sujet ait inspiré le cinéaste néerlandais : il aime les relations ambivalentes où le prédateur se complait en devenant la proie. Mais ici, ce qui l’a davantage intéressé c’est l’autodestruction dans laquelle se complaît un clan, suite à une déflagration vieille de 40 ans. Etait-il cependant nécessaire de transformer le viol comme un déclencheur de désir, un fétichisme addictif ?
Huppert a ce génie de nous rendre presque sympathique cette patronne cash et un peu dérangée, jamais vraiment honteuse de ce qu’elle a subit, tout en se complaisant avec ce rôle sur mesure dans la somme de ses névroses passées (des Valseuses à La Pianiste en passant par Tip Top ou le récent "Phèdre(s)" au théâtre). A force de traîner dans des films où les rapports sexuels sont malsains, où le sexe et le sang ne font qu’un, on ne voit finalement dans Elle qu’un personnage féminin dont le plaisir est conditionné par un jeu de rôle, brutal ou pas. A force de créer des jeux vidéos, son viol comme le coma de sa mère, lui paraissent être un scène virtuelle. Mais dans cette fiction, le viol (trou noir) comme le coma (vide abyssal) sont justement censés être réels. C’est admirablement filmé, mais on reste dans ce malaise (jouissif ou pas) : dans cette réalité, peu de femmes redemandent à être violées. Elles.

vincy



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