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Mal de Pierres (From the land of the moon)

Sélection officielle - Compétition
France / sortie le 19.10.2016


UN MAL POUR UN REIN





«- Quand on me prête des livres, ça se passe mal.
- Alors, je vous le donne.
»

A partir du best-seller de Milena Angus, Nicole Garcia nous invite à un mélodrame passionnel où la raison et la déraison coexistent en permanence (comme souvent dans son cinéma). Las, désespérément classique dans sa forme, très convenu dans son fond, la réalisatrice ne retrouve pas l’ampleur de L’Adversaire, le romanesque de Place Vendôme ou l’intimité du Fils préféré.

Il y a aussi d’autres raisons qui nous laissent un peu à l’écart de cette belle histoire, un peu désuète. Pour commencer, le découpage du film qui laisse deviner le dénouement dès le prologue. En opérant un flash-back après les cinq minutes, et laissant le spectateur sur un mystère, on comprend bien que le récit va nous emmener dans une direction déjà connue. Et justement, le flash back nous ramène 20 ans en arrière et l’autre problème survient alors. Marion Cotillard, crédible pour une femme dans la fin de trentaine, mère et épouse un peu bourge, l’est beaucoup moins en jeune fille de lavandier (sans accent provençal, un comble). La Cotillard a expliqué que le personnage de Gabrielle c’était elle. On s’inquiète. Elle y fait son Adjani (L’été meurtrier, nymphomanie comprise) et sa Deneuve (tombant amoureux d’un lieutenant revenu d’Indochine, scène de cul inclue).
Mais question jeu, elle n’apporte rien à sa panoplie. Certes, elle a rarement été aussi torride et dénudée (le rôle l’y oblige puisque l’amour l’entraîne vers des fantasmes crus et des désirs « déviants »), mais elle se complait dans une folie erratique. Et c’est d’ailleurs le troisième point qui ne fonctionne pas dans Mal de pierres : le personnage féminin. La mère de Gabrielle (formidable Brigitte Rouan en régente dure comme de la pierre) la définit très bien : malade des nerfs, dans ses rêves, mais pas folle. Malheureusement, à l’écran, Garcia filme Cotillard comme si elle était atteinte de folie, pas loin de l’hystérie et du suicide, un peu perverse, trop souvent lunatique. La confusion des sentiments et des sensations est même trop souvent illustrée de manière assez conventionnelle.

Pourtant il y a de belles choses dans ce drame romantique. La manière dont Cotillard est filmée, au début du film, en fille à part, se distinguant des autres, par exemple. Elle aime toujours autant les paysages (les montagnes suisse, la garrigue provençale) et l’eau (la rivière fraiche qui refroidit le désir, la mer qui souligne l’horizon, les jets thermaux qui calmes les douleurs corporelles et mentales). Elle est beaucoup moins à son aise dans les scènes de sexe ou quand il s’agit de créer de la tension ou de l’émotion.

Certes, le récit offre ce qu’il faut en retournement de situation à la fin pour nous accrocher et de désir contenu (comme si l’imaginer est aussi fort que s’il était vécu) pour nous séduire. Mais entre temps, certains dialogues pas assez bien écrits, trop explicatifs, certaines facilités visuelles ne compensent pas l’élégance de l’ensemble. Mal de pierres est un film avec une héroïne qui ne calcule rien même pas son calcul rénal. Et finalement, ce qu’on en retient ce sont les deux hommes. Louis Garrel parvient à donner de la prestance à son personnage fantomatique et opiacé, incarnation du désir fantasmé, en étant le plus souvent alité ou ailleurs. Et c’est aussi Alex Brendemühl qui se révèle le personnage le plus intéressant du film. Formidable époux, qui prend en charge cette femme qui ne l’aime pas, il impose une présence rare au cinéma, aussi forte que séduisante. Prise entre le silence de son « amant » et la patience de son mari, Gabrielle se donne un mal de chien pour exister. Et comble de tout, Cotillard ne réussit qu’à les rendre plus beaux et plus cinématographiques qu’elle.

vincy



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