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American Honey (American Honey)

Sélection officielle - Compétition
USA / sortie le 2016


ON CONNAIT LA CHANSON





"Je suis le Spider-Man de la benne à ordures."

Andrea Arnold est de retour 5 ans après les Hauts de Hurlevent avec son premier film américain, basé sur sa propre expérience de voyageuse à travers les Etats-Unis et inspiré par un article du New York Times sur les jeunes lancés à travers le pays pour vendre des magazines au porte à porte. L'idée de départ est excellente, puisqu'elle permet à la fois une plongée dans une Amérique contrastée et diverse, un portrait de génération (les vendeurs sont tous de jeunes gens sans attaches) et un état des lieux de la précarité américaine. Hélas, partant de là, la réalisatrice n'a pas vraiment de scénario, si bien qu'au bout de 40 minutes elle n'a plus rien à dire.

Elle multiplie alors les redites, comme les scènes de danse et de prospection, ou tout simplement d'ennui, qui martèlent (plutôt lourdement) la morosité d'un quotidien déconnecté de tout. Mais ce qui passerait sur une durée moyenne devient vite insupportable dans un film de 2h40 qui semble pouvoir durer encore 2h de plus, ou s'arrêter plus tôt sans que cela fasse vraiment de différence. Surtout quand certains passages (principalement musicaux) ressemblent à du remplissage facile, façon hit-parade un peu gratuit. D'une manière globale, la réalisatrice réduit la jeunesse qu'elle filme à des fêtes trop arrosées, des blagues plus ou moins de mauvais goût et d'interminables séquences de danse. Elle ne montre ni vraies conversations, ni interrogations ou remises en cause de ce qu'ils vivent, ni réel intérêt pour le monde extérieur.

De ce fait, elle passe complètement à côté du formidable portrait de groupe qu'elle aurait dû faire pour se concentrer très banalement sur l'inévitable histoire d'amour (forcément compliquée) entre les deux personnages principaux. Les autres membres du groupe n'existent en effet quasiment pas, ce sont des silhouettes à peine esquissées qui font de la figuration autour de Shia LaBeouf (le tombeur de ses dames), Sasha Lane (la jeune fille qui n'a pas froid aux yeux) et Riley Keough (la garce).

Il y avait pourtant de quoi capter l'essence d'une génération, raconter les histoires et les fêlures derrière chacun de ces déracinés. Elle y parvient d'ailleurs un peu lorsqu'il s'agit du couple central, réuni par le rêve terriblement raisonnable d'avoir leur propre maison. Ce serait juste mignon, si l'on ne comprenait pas en filigrane que c'est le monde dans lequel ils vivent qui limite leur horizon et les empêche de rêver d'autre chose. Dans ces scènes-là, la réalisatrice donne corps et chair à ses personnages, et on est d'autant plus frustrés de la voir rester seulement en surface le reste du temps.

Toutefois, on ne peut retirer au film un regard sensible sur la précarité et la misère sociale du pays, mais aussi sur un système au bord de l'explosion dans lequel priment la productivité à outrance (vendre le plus grand nombre d'abonnements, coûte que coûte), la concurrence froide (le "loser day" oblige les deux moins bons vendeurs à se battre) et le management brutal sous ses airs "fun" et décontractés (le règlement coercitif même en dehors des heures de travail, la négation de la vie privée, l'absence de droits concrets...)

Avec tous ces ingrédients, doublés d'une qualité d'image exceptionnelle, il ne manquait pas grand chose pour qu'Andrea Arnold tienne un grand film, juste et poignant. Logiquement, American honey n'en semble que plus amèrement raté.

MpM



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