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Vice-Versa (Inside Out)

Sélection officielle - Hors compétition
USA / sortie le 17.06.2015


BRAIN STORMING





« - Qu’est-ce que c’est ?
- Le subconscient. C’est là où en enferme tous les délinquants .
»

C’est avec bonheur que nous retrouvons l’inventivité de Pixar sur grand écran avec ce Vice-Versa (qui devrait plutôt s’intituler Dedans Dehors comme le titre d’origine Inside Out). Car c’est bien un jeu de ping-pong intensif entre le monde extérieur (la vie de Riley, 11 ans) et le monde intérieur (les cinq émotions de bases - joie, colère, tristesse, peur et dégoût – les îles de la personnalité et autres zones du subconscient). C’est aussi une odyssée qui conduit Joie et Tristesse en dehors de leur Quatrier Cérébral (là encore l’anglais Head Quarters est beaucoup plus subtil) et doivent le rejoindre avant que Riley ne fasse une grosse bêtise.

Ça aurait pu être compliqué, c’est d’une fluidité remarquable. Mais surtout, la traduction visuelle de notre cerveaux est épatante : des rêves à notre mémoire, de la pensée à nos émotions, des neurotransmetteurs à l’oubli total, du fantasme du petit ami canadien à l’amour pour les jeunes vampires romantiques. La fabrique de rêves (des studios hollywoodiens) ou le monde de l’imaginaire (un parc d’attraction) donnent à notre cerveau une géographie très occidentalisée, très colorée, mais remplie de trouvailles, d’idées ingénieuses et ont conduit les réalisateurs à quelques audaces, comme ce « raccourci » vers le monde de l’imaginaire qui transforme les personnages et objets en dessins abstraits, puis 2D, jusqu’au symbolisme le plus épuré. Un grand moment d’art graphique allégorique.

En renouant avec des personnages originaux, un concept fort et un mélange équilibré d’aventures, d’humour et de sensibilité, Pixar fait oublier quelques échecs récents. D’autant qu’au fil du récit, tout se complique. Pour notre plus grande joie. Var il n’y a pas que l’intérieur de l’esprit de Riley qui nous est « traduit » en images : on fait aussi escale à travers les Quartiers cérébraux (QC) du père et de la mère, une séquence un peu clichée mais qui fonctionne à merveilles. (Et ce n’est rien à côté du générique final où vous comprendrez tout ce qui se passe dans la tête d’un mec pré-pubère percuté par une fille ou celle d’un chat : proprement hilarant).

Le scénario a misé sur une gamine de onze ans qui subit le déménagement de ses parents. Et ce n’est pas innocent. Un déracinement, la pré-adolescence, tout est source de conflits voire de changement personnalité. Cela vire même à la catastrophe générale quand Joie et Tristesse s’affrontent avant d’être éjectées et de ne plus rien pouvoir contrôler du cerveau de Riley. Le film mise sur un double suspens : Riley fuguera-t-elle / Joy et Tristesse reviendront-elles au QC ? Et sans rien révéler, on sait d’avance que le film peut amener une suite et même être déclinée en attraction de Disneyland.

Vice-Versa est une œuvre maligne, divertissante et fantasque. Mais elle a aussi une lecture plus intéressante quant à nos humeurs et l’évolution de nos comportements. En opposant durant l’enfance les cinq émotions de manière binaire (symbolisées par des boules monocolores) et en les amenant vers une psychologie plus nuancée (les boules deviennent bicolores voire multicolores), il s’agit d’une traduction visuelle à la fois sensationnelle et farfelue des phases lunatiques que nous subissons ou des moments extatiques qui nous étreignent. Sans oublier le pourquoi du comment on se retrouve avec une musique idiote dans la tête.

Toutes les émotions y passent, forcément. Et Vice-Versa n’hésite pas à montrer la fragilité psychologique qui peut nous faire basculer vers l’apathie. Une noirceur également bienvenue dans ce film d’animation réussi, même s’il n’a pas exploré toutes les possibilités de cet univers cérébral : mais soyons patient, la puberté peut donner lieu à de nouvelles péripéties.

vincy



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