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Maryland (Disorder)

Certain Regard
France


DRESSÉ POUR TUER





«- Elle te l’a demandé ?
- Je ne sais pas.
- C’est oui ou c’est non. Elle te l'a demandé?
- Je ne sais pas.
»

Avec Maryland, Alice Winocour fait une incursion dans le film de genre, entre film à suspens et drame psychologique. Quasiment en huis-clos dans une (trop) grande villa, elle s’aventure sur un terrain inattendu, assez loin de son précédent film Augustine.
Si l’on retrouve l’idée du désordre psychologique – l’hystérie féminine dans Augustine, le traumatisme psychique d’un soldat revenu du front dans ce Maryland – la comparaison s’arrêtera là. Augustine avait sans doute le défaut d’être trop binaire, opposant les classes sociales, les sexes, la science à la nature humaine. Maryland n’explore rien de tout cela et ne cherche pas à faire de la sociologie. Ce ne sont pas quelques séquences avec un notable puant ou dans un hôpital de l’armée qui pourraient faire passer le film pour une oeuvre réaliste et sociale. Ici nous sommes dans un genre, codé, que la cinéaste tente de s’approprier.

Tout juste faut-il attendre le dernier plan, énigmatique et libre d’interprétation, pour comprendre ce qui n’était pas évident : l’attirance entre ce militaire au bord de l’implosion et cette épouse de nabab pas loin de la chute. C’est là que le film révèle ses faiblesses : les personnages n’ont pas beaucoup de reliefs et les rares variations sont offertes par des séquences très banales. Matthias Schoenaerts et Diane Kruger font efficacement leur job, mais leurs rôles sont assez simplistes et monotones. L’un est oppressé, observateur, curieux, stressé, victime d’hallucinations auditives, mais aussi un tueur né, brutal et sans pitié. L’autre est larguée, paniquée, elle tente de faire bonne impression, et finalement n’a pas grand chose à faire. Le film prend beaucoup de temps à s’installer, digressant trop de scènes superflues.

Les qualités de Maryland sont donc ailleurs. La mise en scène de Winocour sauve un scénario trop épuré. Que ce soit une fête huppée ou une prise d’assaut nocturne par des hommes masqués, elle maîtrise parfaitement l’atmosphère, le montage et la tension ou l’inquiétude qu’il faut insuffler pour enrichir ces vides. Il n’y a aucun morceau de bravoure, juste une belle construction de plans, amplifiée par une musique et un travail perfectionniste sur le son. On s’en rend d’ailleurs compte lorsque son soldat est proche de la paranoïa et entend des voix… C’est dans sa forme que séduit et nous accroche, même s'il manque de fond - l’histoire qui flirte avec un scandale politico-financier est un prétexte sans intérêt.

Au delà de ses qualités formelles, et malgré ses déséquilibres, le film, qui aurait presque des allures d’exercice de style, sait nous happer. Mais il faut attendre la première agression, qui surgit (sans qu’on s’y attende) très tardivement. Dès lors, le piège se referme, et il ne s’agira que de s’en sortir vivant. Il n’y a pas de trahisons, d’ambiguïtés, aucun rebondissement particulier : c’est un combat à l’ancienne dans une villa transformée en terrain de guerre. Et si l’on passe un bon moment, on reste un peu sur notre faim, comme s’il manquait des éléments pour que nous comprenions les motifs de chacun, celui du personnage principal comme celui de la réalisatrice.

vincy



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