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Back Home (Louder than bombs - Plus fort que les bombes)

Sélection officielle - Compétition



DES HOMMES EN COLÈRE





«- Tu ne vas pas faire une fusillade dans un lycée ? »

Déconstruire la chronologie d'un récit comporte toujours une dose de risque. Plus fort que les bombes souffre très rapidement de cette complication narrative qui s'avère aussi vaine qu'injustifiée. Le réalisateur Joachim Trier, habituellement inspiré et habile quand il manie le mal-être de ses protagonistes, n'a pas su, ici, insuffler le rythme, l'oxygène ni même l'émotion nécessaires pour transcender son histoire de deuil mal cicatrisé. Formellement, il parvient d'ailleurs à un contresens en filmant de manière presque glamour un sujet qui aurait du être froid voire glaçant.

Cela donne une oeuvre très lisse, presque formatée, souvent ennuyeuse, malgré un casting irréprochable, assez monotone et finalement très "auteuriste". Un de ces films américains indépendants qui manquent de personnalité, de singularité. Si on pouvait reprocher un style parfois forcé dans ses précédents films, on y trouvait également une énergie romanesque qui séduisait d'emblée. Dans Plus fort que les bombes, il y a bien quelques plans qui élèvent le film vers une sphère plus singulière mais ils ne suffisent pas à alléger un film plombé par son sujet comme son absence d'originalité.

Candide

Heureusement, le personnage du fils cadet, Conrad, fait exception à cet ensemble très neutre. Il amène à lui tout seul la spontanéité, la fraîcheur et la franchise qui permet de se détacher de la dépression qui guette tous les autres. Et si le film est soigné, sans accros, son personnage dénote suffisamment pour lui apporter un grain de folie, d'humour parfois et d'incertitude. Ses angoisses adolescentes donnent de la vie à une atmosphère morbide où les plus vieux ne savent que mentir, tromper, professer des leçons de vie cyniques, incapables de communiquer, ou encore d'être honnêtes.

A partir de la mort tragique d’une mère et épouse, Plus fort que les bombes, révèle la déflagration familiale causée par un accident ou suicide. Ironiquement, cette femme était photographe de guerre, risquant sa vie à chaque instant, vivant entre deux mondes, dépendante de son métier et couverte de cicatrices. Isabelle Huppert, qui force son accent français, est chargée de faire ressurgir ce passé, de convoquer les souvenirs heureux ou amers de son mari et de ses deux fils, l’un tendre, réfléchi, trop sage, l’autre en pleine adolescence, entre masturbation, fantasmes, jeux vidéos. Un bobo et un loser. Toutes les failles sont palpables, visibles à l’œil nu.

Pour recoller les morceaux, Trier persévère dans une narration défragmentée, qui voisine avec les premiers films d’Atom Egoyan. Des fragments parfois inconsistants, où la réalité confère parfois à l’ennui, où ce que l’on voit n’est pas forcément ce qui se passe, où ce que l’on pense est visuellement illustré comme dans un film de Danny Boyle ou de Jeunet. Il continue aussi de faire le lien entre littérature et cinéma, comme s’il cherchait à rendre l’écrit, plus juste, plus intime, plus révélateur, imagé, illustré. C’est de l’écriture qu’émergent les vérités. C’est parfois réussi, parfois vain. Effet de style. Comme ces rêves étranges, souvent trop furtifs, qui ne mènent nulle part pas. Il n’y a jamais d’accélération dans son tempo, ou alors de manière très éphémère, et la première demi heure est presque soporifique.

Pourtant, Plus fort que les bombes, globalement, n’est pas un acte manqué cinématographique. Mais il se cherche, à l’instar de Conrad. Entre les lourds secrets et leurs conséquences, les frustrations des uns et les erreurs des autres, l’onirisme balancé ici et la poésie qui s’en dégage là, il manque un dynamisme, une volonté de s’affirmer, un désir d’aller plus en avant, d’assumer un ton plus personnel. Avec la réconciliation au bout de ce chemin sinueux parsemé d’obstacles assez banals, et une fin où une confession sert de pardon, Trier a fait un film très américain, presque opportuniste qui rappelle l’accident de parcours de Thomas Vinterberg quand il a, lui aussi, traversé l’Atlantique pour réaliser It’s all about love. Titre qui aurait d’ailleurs très bien convenu à cette oeuvre.

vincy



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