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Mia Madre

Sélection officielle - Compétition
Italie / sortie le 25.12.2015


LA CHAMBRE DE LA MERE





"Le réalisateur est un con auquel vous permettez tout"

Comme le titre le laissait supposer, Nanni Moretti revient avec Mia madre à un cinéma intime et éminemment personnel qui suit une réalisatrice qui pourrait être son double de cinéma et la confronte à la mort imminente de sa mère (la sienne est décédée pendant le montage d'Habemus papam). Il mêle ainsi trois histoires : celle du tournage (épique), celle du film (une révolte d'ouvriers face à un plan social) et celle de la famille réunie autour de la mère malade. L'intrigue alterne (assez systématiquement) entre les trois et fait passer le spectateur du rire aux larmes en un plan.

Il faut le reconnaître, il y a d'immenses morceaux de comédie dans Mia madre, notamment lors d'un tournage en voiture où le malheureux acteur doit conduire sans voir la route, ou lorsque le même acteur s'embrouille dans son texte et se lance dans une engueulade fleurie avec la réalisatrice. La grande famille du cinéma en prend quelque peu pour son grade, avec l'ironie propre à Moretti, qui n'hésite pas à faire dire à son héroïne : "le réalisateur est un con auquel vous permettez tout". Il y a aussi beaucoup de moments de creux, de flashbacks ou de "cauchemars" inutiles, et malheureusement pas mal de mélo. Bien sûr, on est touché par la mort de la mère, mais c'est plus une émotion réflexe face à une situation universelle qu'une émotion réellement générée par le savoir-faire du cinéaste. En cela, le film s'avère au contraire plutôt inégal, parfois maladroit, souvent appuyé.

Comme s'il était empêtré dans tout ce qu'il a à dire, Moretti reste à la surface des choses, et se contente de redites de ses films précédents, La chambre du fils en tête. Il laisse ainsi de côté l'un des aspects les plus captivants du film, qui est la prise de conscience brutale de son personnage principal. A un tournant de sa vie, alors que son amant lui balance ses 4 vérités, que sa mère est sur le point de mourir et qu'elle s'aperçoit qu'elle ne connaît au fond pas bien ses proches, elle a de quoi craquer. Et pourtant, Moretti ne fait qu'effleurer ces failles pour vite revenir à l'un des deux registres dominants du film, la comédie et le drame.

Heureusement, Mia madre est porté par un casting impeccable. Margherita Buy est extrêmement juste en femme de caractère qui perd pied dans sa propre vie, John Turturo est fabuleux en acteur grande gueule et même Nanni Moretti apporte une vraie force en roc auquel les autres peuvent se raccrocher en toutes circonstances. Ils sont la force vive du film dont ils contrebalancent en partie le désabusement latent. Ce qui est d'autant plus frustrant pour le spectateur qui a conscience d'être passé à côté d'un grand film.

MpM



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