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Valley of love

Sélection officielle - Compétition
France / sortie le 17.06.2015


A NOS AMOURS





«- Je ne vais pas me laisser châtrer par un Hongrois, ça c’est sûr. »

Guillaume Nicloux met en scène Huppert et Depardieu. Ils ne sont que deux, trois si on ajoute la Vallée de la mort, lieu hanté par leur défunt fils. Le symbolisme est évident, la mythologie est spirituelle mais aussi cinématographique (deux monstres qui renvoient à Pialat) et géographique, le mystère est entier à la fin du film. Par son formalisme, Valley of Love est un film étrange, iconoclaste et même inclassable. C’est la catharsis d’un couple, et en même temps leur chemin de croix, avec ses étapes, ses stigmates et la foi nécessaire pour croire que le fils va bien revenir sur terre, six mois près son suicide. La résurrection est attendue.

Valley of Love est aussi une comédie de la banalité, une « screwball comedy » abstraite. Celle d’un couple qui n’a pas grand chose à dire. Ils constatent leurs vies, ses peines, ses angoisses, ses routines. Une vie que tout sépare et une semaine qui va les réunir. Après tout on ne peut pas détester quelqu’un qu’on a aimé. C’est drôle et touchant, mais c’est surtout merveilleusement bien interprété. Le film est une double leçon de jeu (et de je puisqu’elle s’appelle Isabelle et il s’appelle Gérard). Avec cette mise en abyme de leur filmographie et de ce qu’ils représentent dans le cinéma européen, les deux comédiens abattent leurs cartes avec maestria.
La belle (chieuse) et la bête (je m’en foutiste) son domptées par une mise en scène qui les sublime tout autant qu’elle les normalise. Leur jeu naturaliste au milieu de ce décor pictural forme des tableaux parfois fascinants. Un peu beauf avec sa chemise à ananas, Depardieu, ventre énorme d’un ogre, n’a pas été aussi touchant depuis Mamouth et Le temps qui passe (ce dernier pourrait d’ailleurs former un diptyque dans la filmo de l’acteur). Toujours classe, Huppert, vulnérable et illuminée à la fois, trouve ici un personnage à sa mesure, à la fois sobre et proche de l’hystérie. Les deux ont le droit à leur plan séquence, de dos, en train de marcher. Manière de dire qu’on va les suivre dans leur parcours où l’on évoque le passé révolu, où l’on croise quelques fantômes (notamment cette jeune fille au visage à la Picasso échappée d’un film de Lynch), où soudainement le verbe s’accélère, les opinions divergent sur un bout de pain donné à un lézard), les regrets sont pardonnés.

Ce film tendre et sobre ne cherche aucune réponse mais pose beaucoup de questions, notamment sur l’incommunicabilité et sur l’amour. Les parents ne connaissent pas leurs enfants. Cependant, Nicloux ne va pas assez loin. Il ne se donne pas les moyens d’aller au delà d’une illustration du couple, de ses tics, de ses obsessions, de son ressenti immédiat. Il s’empêche aussi de transcender son récit en territoire étranger et hostile, préférant s’amuser avec une sorte de meta-cinéma, assumant l’épure de son œuvre, comme pour mieux séduire un spectateur qui sera dérouté pour ne pas dire perplexe. Ainsi l’épilogue, qui survient subitement, sans qu’on s’y attende, laissera perplexe et un goût d’inachevé.
Valley of Love aurait pu être un immense film si le cinéaste avait opté pour le portrait mystique d’un couple sous le soleil de Satan plutôt que de réaliser un voyage énigmatique et minimaliste où chacun se perd pour tenter de se (re)trouver. Il manque une dimension romanesque que ces magnifiques vues panoramiques du désert californien ne suffisent pas à créer.

vincy



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