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Macbeth (Macbeth)

Sélection officielle - Compétition
/ sortie le 11.11.2015


LE ROI MAUDIT





«- Vivez-vous ? Etes-vous chose que l’homme puisse questionner ? »

Après Orson Welles et Roman Polanski, Justin Kurzel propose sa version de la tragédie de Shakespeare, Macbeth. Inutile de comparer, tant le réalisateur australien a préféré, cinématographiquement, le style à la substance, le tape-à-l'œil visuel à l'incarnation du texte.

Dans une Ecosse brumeuse et froide, une terre désolée presque hostile malgré ses paysages grandioses (et sublimement photographiés), cette histoire de trahisons, de domination, d'ambitions et de démence, insiste plutôt sur la folie du Roi et ses hantises. Michael Fassbinder compose un Macbeth à la dérive, prêt à « mettre son âme en péril », partagé entre sa soumission naturelle (à sa femme, aux oracles...) et sa soif de pouvoir et de gloire. Il peut verser une larme discrète face à sa malédiction comme il sait rugir telle une bête de guerre enivrée par le sang.

En cela, Kurzel signe un film peu éloigné de son personnage central: lui aussi se complait dans un royaume à feu et à sang, tout en cherchant à valoriser l'humilité et la fragilité de l'Homme. Malheureusement, c'est bien l'outrance qui l'emporte et la violence qui est magnifiée, sans justification réelle. Pompeuses, les images glacent le film dans un vernis clippesque. Il impose une distance apathique malgré son désir d'intensité.

Si l'oeuvre se veut viscérale - et y parvient à certains moments -, elle se laisse dévorée par un esthétisme pompier, avec un montage proche des péplums hollywoodiens comme 300, une surdose de ralentis lors des combats sanguinaires (incluant de nombreux égorgements) et une mise en scène des affaires de la cour qui a tout d'un épisode de Game of Thrones.

Ainsi la sauvagerie est précisément rendue mais les manipulations et délires des uns et des autres souffrent de ne jamais dépasser le stade de l'adaptation théâtrale la plus classique et de ne jamais chercher à révéler les failles psychologiques autrement que par le texte ou une illustration simpliste. On peut toujours vouloir restituer une atmosphère, un climat, cela ne suffit pas à toucher la vérité d'un texte sur la conscience, la culpabilité et la justice. Trop lyrique, cet opéra, entre prophéties qui guident les décisions et superstitions qui les condamnent, ne nous fait jamais vibrer comme on le souhaiterait.

Malgré le venin des paroles, le poison des pensées, l’atrocité des crimes, Macbeth semble dépossédé par ses acteurs, trop heureux de clamer du Shakespeare et hypnotisé par sa noirceur peu avenante, jusqu’à l’étirer dans une fin peu inspirée, presque monochrome, qui ne sait pas trancher sur le plan idéal d’un homme à terre et de son épée.

Mais si ce Macbeth nous déçoit tant c’est bien parce que sa Lady, l’un des plus grands personnages féminins du Théâtre, a elle aussi été sacrifiée : la pauvre Marion Cotillard est recasée en second-rôle dans une histoire où elle aurait du en être le cœur.

vincy



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