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entretien avec Mélanie Laurent

 

Respire

Semaine critique - Séances spéciales
France / sortie le 12.11.2014


AMITIÉ ASPHYXIANTE





Deuxième passage derrière la caméra pour Mélanie Laurent, qui avait déjà prouvé un certain talent de réalisatrice avec Les adoptés. Comme beaucoup de premiers films où l’on met ‘tout’, celui-ci était à la fois romantique et dramatique, très sophistiqué (plans séquences, cadre posé). Le souvenir d’une belle révélation. Cette fois-ci, pour Respire, elle a choisi l’adaptation d’un roman qui l’avait marquée il y a plus de dix ans (signé Anne-Sophie Brasme) tout en faisant écho à des souvenirs plus personnels. L’histoire se le temps d’une année scolaire, et, à l’origine, était composée de flash-backs. La structure du scénario a été remanié par le montage de la meilleure des manières pour sa mise en image : on ignore où elle va nous emmener. Respire débute ainsi dans la sphère du lycée pour se déplacer progressivement vers le cocon (pas si tendre) familial, pour, au fur et à mesure, approcher quelque chose de plus intime.
Ainsi fait-on connaissance avec Charlie puis aussi avec Sarah, puis partager des l’amitié ambiguë et fusionnelle de Charlie et Sarah, avant de s’inquiéter pour l’obsession de Charlie pour de Sarah, aussi dangereuse que manipulatrice. Cette Sarah va devenir la pire des meilleures amies… On sait d’emblée que cette Sarah, lumineuse et cash, masque une profonde névrose, Perverse narcissique capable de souffler le chaud et le froid, voulant être le centre du monde et mal à l’aise dans son propre environnement, elle impressionne et domine autant qu’elle semble fragile et pas forcément méchante. Charlie est son exact opposé : une jeune fille forte, intelligence, douce, mais qui cherche un échappatoire à son quotidien et admire le charisme des autres, dont elle ne se croit pas doté. Ses peurs la piègent tandis que ce dont elle devrait avoir peur l’attire.

Mélanie Laurent se confronte à l’adolescence, cette période floue qui forge ou fragilise l’identité de chacun. L’adolescence est forcément évanescente et le défi d’en faire le portrait est délicat. LOL de Lisa Azuelos, 17 filles de Delphine et Muriel Coulin, Après mai de Olivier Assayas sont autant de films avec très clairement un regard distancié d’adulte qui peinent à recréer avec crédibilité cet âge de l’adolescence. Il y a des exceptions comme Les beaux gosses de Riad Sattouf et Bande de filles de Céline Sciamma. La grande difficulté étant d’éviter le plus possible de reproduire des situations de l’adolescence pour essayer d’aller dans le sens de produire à l’image les sentiments trouble de cet âge. Sylvie Verheyde y est parvenu avec Stella, Sophie Letourneur avec La Vie au ranch, et Mélanie Laurent avec Respire s’approchent d’une réalité beaucoup plus authentique.

Les séquences de diverses longueurs se suivent sans indications particulières, en variant leur intensité, de la plus anodine à la plus dramatique. D’ailleurs, emportée dans son élan de vouloir trop bien faire, Mélanie Laurent n’évite pas certaines erreurs, comme ce cours de philo (choisir la passion ou la subir…) qui sur-signifie les sentiments traversés par son héroïne et le message du film. Elle précipite sans doute beaucoup trop vite son amorce avec l’arrivée de Sarah dès les dix premières minutes du film, sans laisser vraiment le temps au spectateur de se familiariser avec Charlie (son ancienne meilleure amie d’avant jouée par Roxane Duran en devient presque invisible).

Mais Respire, éloge de la faiblesse, ne manque pas d’atouts et de force. Le film est grandement aidé par ses excellentes (et très belles) comédiennes : Joséphine Japy (véritable révélation, passant de la lumière au silence, de la souffrance à la violence) et Lou de Laâge dont la prestation sonne si juste qu’elle en est dévastatrice.
La réalisatrice a aussi adapté sa mise en scène : plutôt que des plans fixes et rigides, la caméra est mobile, à l’épaule, vive. Les plans sont serrés sur les dos, les visages, accentuant à la fois l’intimité des deux filles et l’oppression que l’une exerce sur l’autre. Sans effet particulier de construction, le spectateur est aux côtés, tout près, de Charlie et Sara. Par ailleurs, la cinéaste a su décrire finement la psychologie de chacun de ses personnages, sans alourdir ses dialogues. Un geste, une expression suffisent parfois à en dire plus. La prison dans laquelle s’enferme Charlie n’a pas besoin de mots. La perversion de Sarah ne nécessite rien d’autre que son comportement lunatique. La mère est ailleurs, les amis à l‘écart. Et là aussi, pas besoin de rajouter des scènes à un film qui nous fait suffoquer au fil du temps. Car étrangement, hormis quelques scènes naturalistes, ces moments de « zénitude » où l’on est réconciliés avec soi-même, ces instants furtifs où l’on ose percer sa carapace, le film étouffe de plus en plus. Et si, tragiquement, l’une s’arrêtera de respirer et l’autre pourra reprendre son souffle, Respire, au final, laisse le spectateur sans respiration, anéanti par cette larme qui coule sur une joue, le regard perdu sur un horizon incertain, mais « libéré ».

kristofy



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