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Pride

Quinzaine des réalisateurs - Fermeture
Royaume Uni / sortie le 17.09.2014


THIS IS ENGLAND





«- Ça me manquait le disco. »

Un an après le clash passionnel entre les partisans et opposants au mariage pour tous en France, le cinéma britannique nous livre fièrement une comédie sociale dont il a le secret avec ce Pride, parfait « feel-good movie ». Ce n’est pas un bras de mer qui sépare la France du Royaume Uni, c’est un océan. Il paraît impossible de pouvoir raconter une telle histoire dans l’Hexagone : les mineurs (homophobes pour la plupart) en grève contre Thatcher (Billy Elliott) soutenue malgré eux par la communauté queer de Londres et cela donne un film dans la veine de Full Monty et des Virtuoses. Le tout sans misérabilisme et avec dérision.

Retour en 84 : l’homosexualité est encore marginale, entre punk et disco côté look et musiques. Les Gay Prides ne sont pas devenues des carnavals. Les insultes anti-homos sont banales. Pride choisit l’humour et la sensibilité pour alléger ce contexte plombant. Le plus intéressant n’est pourtant pas là : en filmant, en parallèle, une résistance sociale au tsunami ultra-libéral qui va déferler sur le Royaume Uni et l’émergence d’un mouvement communautaire qui va influencer durablement la culture et la société britannique, le réalisateur Matthew Warchus démontre que l’Angleterre qu’on connaît aujourd’hui est née il y a 30 ans. Un retour aux origines du mal qui aurait pu être plus fascinant, plus profond. Mais la comédie a ses lois. Le message se porte davantage sur la solidarité entre deux mondes antagonistes (« les ennemis de mes ennemis sont mes amis ») et le combat pour l’égalité. A l’époque, un hétéro avait sa majorité sexuelle à 16 ans (il est potentiellement géniteur) tandis qu’un homo doit attendre 21 ans.

La persécution des LGBT d’un côté et la répression sur les mineurs de l’autre provoqueront les étincelles attendues. Avec un jeune homo candide comme témoin des évènements, et une multitude de seconds-rôles bien écrits et réjouissants (mention spéciale à Jessica Gunning, fabuleuse), le scénario est un modèle de fluidité où il ne manque aucune scène, aucune étape, pour nous séduire et nous faire passer du rire aux émois. Au passage, quelques préjugés vont tomber (c’est l’objectif), les gens vont s’apprécier, le final (historiquement vrai) sera un très bel happy end (humainement en tout cas, plus que socialement). Evidemment le parcours est celui de combattants face à la bêtise (les mineurs rejettent les « pervers » qui les soutiennent, les homos ne sont pas forcément d’accord sur la méthode à suivre). Pourtant, l’humour est là, le sens de la réplique bien présent, les protagonistes ne manquent pas de caractère. Et certains séquences font la farce pour nous enthousiasmer.

Matthew Warchus marche cependant sur un fil. Pride a toujours le bon rythme et nous emporte dans un récit sans temps morts. Il semble pourtant moins à l’aise dans le propos politique (finalement assez absent) et les mineurs sont relativement les grands perdants du scénario dans leur traitement (les « notables » du village leur volent la vedette). La noirceur du film proviendra surtout du portrait des homos, obligés de mentir, de se cacher, souffrant de solitude, de la menace du SIDA, qui rapidement devient plus urgent que la grève des mineurs.

Malgré ses défauts, la réussite de Pride, film emphatique par excellence, tient à ces quelques scènes qui concentrent humour et simplicité, qui transforment les discriminés (les oubliés du libéralismes, les méprisés du conformisme) en héros des temps modernes. Plus que de leur fierté, c’est leur charme qui nous conquiert.

vincy



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