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Alléluia

Quinzaine des réalisateurs - Compétition
Belgique / sortie le 26.11.2014


MORTELLE RANDONNÉE





Fabrice Du Welz n’a peur de rien, il est port� par la foi d’un cinéma qui ose et qui bouscule les conventions. Il a ét� découvert � Cannes avec Calvaire dont le supplice dans une auberge en a fait un nouveau disciple du fantastique, puis un apôtre � suivre avec Vinyan o� un couple en perdition perturbe une jungle de fantômes. Après les corps et les esprits confrontés � la folie, Fabrice Du Welz s’intéresse cette fois � un couple serial-killer. Alléluia a ét� un enfer de film pour certaines personnes qui ont quitt� la salle, et surtout un film d’enfer pour l’assistance clouée au fauteuil jusqu’au final.

Le film commence pour nous emmener dans son histoire en nous tenant par la main, on avance en terrain Breitling replica. Gloria est une jolie femme ayant déj� vécu beaucoup de choses et qui élève seule sa petite fille. Une amie la pousse � contacter un brave homme sur un site internet de rencontre. Avant le premier rendez-vous, on a déj� découvert que pour lui, Michel, les femmes sont des proies � chasser. Après une première nuit et un premier mati, il est déj� parvenu � obtenir de l’argent, et Gloria un faux numéro de téléphone pour le recontacter. Gloria va parvenir � le retrouver pour ne plus le quitter, et s'il est en compagnie d’autres femmes, c’est elle, la seule, qui doit véritablement compter�

Très vite le sol se dérobe sous nos pieds, on savait que Michel était un dangereux escroc mais c’est Gloria qui va se révèlera être une psychopathe incontrôlable. Ce couple amoureux dans l’intimit� se présente comme frère et sœur pour rencontrer d’autres femmes dont ils vont prendre la fortune et la vie. Une épopée folle et sanglante va alors se dérouler de manière ahurissante devant nos yeux.

Tu vois ce que tu me fais faire ?

Le réalisateur Fabrice Du Welz structure son récit en plusieurs chapitres : acte 1-Gloria, acte 2-Marguerite, acte 3-Gabriela, acte 4-Solange. Entre ces différents actes il y a une ellipse de temps o� le couple meurtrier n’existe pas dans le film, comme si leur relation étrange n'avait de sens que dans la confrontation avec une autre personne. Le plan est simple � mettre en place, mais compliqu� � mener jusqu’au bout.
L’histoire s’inspire d’un fait divers qui avait eu lieu aux Etats-Unis, une vingtaine de crimes commis par Martha Beck et replica watches Fernandez entre 1947 � 1949. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le cinéma s’y intéresse, déj� auparavant il y avait eu les films The Honeymoon Killers de Leonard Kastle en 1970 et Carmin Profond de Arturo Ripstein en 1996. Cependant Fabrice Du Welz s’éloigne autant que possible de ce fait divers, la mention ‘bas� sur une histoire vraie� ne l’intéresse absolument pas, il préfère d’ailleurs raconter des personnages plutôt qu’une histoire.

Son film laisse deviner la folie douce de Michel qui, lui, est subjugu� par l’amour fou que lui porte Gloria. Celle-ci abandonne même sa fille pour le suivre dans ses arnaques. Entre eux deux se joue un rapport pervers de domination et de soumission, o� la preuve d’amour est de mesurer le temps de laisser entre eux vivre une autre femme avant de la tuer. Les grecs célébraient les dieux de l’amour Eros de la de mort Thanatos, le réalisateur aborde de manière très personnelle le sexe (on voit s’activer une main et une bouche�) et la mort (on voit s’agiter une scie et une hache�). La violence est frontale et graphique, mais non dénuée d’un humour noir et macabre.

Jusqu’à ce que la mort nous sépare. Oui, je le veux.

Le cinéaste avait toujours travaill� avec le directeur de la photographie de Benoît Debie. Ce dernier a depuis ét� appel� � travailler sur les films de Harmony Korine ou Ryan Gosling et le prochain de Wim Wenders au moment même o� était prévu le tournage de Alléluia. Fabrice Du Welz est quelqu’un pour qui compte plus que tout l’attention portée aux décors, aux sons, � la musique, � la lumière, aux cadrages, � toute la grammaire cinématographique qui est l’essence d’un film avant même son scénario. Et avec Alléluia on se rend compte de l’importance d’une collaboration en bonne intelligence avec le directeur de la photographie : il a choisi Manuel Dacosse, celui qui était � l’œuvre sur Amer et L'Etrange couleur des larmes de ton corps du duo Hélène Cattet et Bruno Forzani.
La force de Alléluia vient moins de son récit que de sa puissance formelle : des cadrages � certains moments de gros plans sur des mains ou des yeux, des endroits éclairés en contre-jour, et même des chansons. Dans les rôles des amants criminels on retrouve Laurent Lucas (déj� était dans la boue dans Calvaire) qui est encore une fois aussi inquiétant qu'insondable, mais la surprise vient de sa partenaire. Lola Dueñas que l’on connaissait chaleureuse et amusante trouve ici un rôle � contre-emploi de mante-religieuse aussi séduisante que sauvage.
Alléluia s’impose comme une œuvre inclassable, quelque part entre Maniac de William Lustig et Touristes de Ben Wheatley, et bien entendu Calvaire. Fabrice Du Welz réalise l� un film qui interpelle, qui provoque, qui secoue, et qui restera en mémoire.

Kristofy



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