Choix du public :  
 
Nombre de votes : 42
 












 
Partager    twitter



festival-cannes.com
site internet du film

 

The Search

Sélection officielle - Compétition
France / sortie le 26.11.2014


CHACUN CHERCHE SA PLACE





«- Au moins t’as de la chance, tu te fais pas prendre la tête par ta famille ».

The Search c’est la quête d’un film à l’américaine de Michel Hazanavicius. Ambitieux. Deux heures trente de durée : il faut aussi savoir tenir le spectateur. La première demi-heure est prometteuse : trois récits s’installent, a priori pour se réunir à un moment donné du film. Les débuts de la guerre de Tchétchénie comme décor et trois points de vue : deux jeunes tchétchènes, deux femmes occidentales engagées, un soldat russe.

Le réalisateur des OSS 117 et de The Artist se risque dans un film de genre radicalement différent : le film de guerre. C’est d’ailleurs la partie la plus intéressante, de très loin, du film. L’esthétique y est plus soignée, les séquences plus riches. La brutalité des militaires russes et la vulnérabilité des « culs-noirs » comme sont appelés les Tchétchènes inspirent les meilleures scènes. Même si c’est assez convenu, l’initiation d’un jeune russe à la sauvagerie belliqueuse aurait pu suffire en soi.

En parallèle, il créé les conditions d’un mélodrame à l’ancienne. Hélas, le cinéaste se bride. Un mélo sans excès et sans émotion n’est pas un mélo. Trop en retenue, refusant de se « lâcher », d’assumer les crises comme les larmes, il rend son film de plus en déséquilibré jusqu’à la fin. The Search, œuvre bancale, pour ne pas dire casse-gueule, perd pieds entre le salon de Bérénice Bejo qui monologue avec un enfant mutique et un exil un peu trop facile pour amorcer une quelconque tension.

En s’enlisant ainsi, Hazanavicius ne s’est pas facilité la vie. Alors qu’il filme très bien, dans un style presque documentaire, le peuple tchétchène et leurs (trop rares témoignages), il est désemparé dès qu’il s’agit de mettre en scène Béjo (qui se fait voler la vedette par le gamin qu’elle héberge) et Bening (tout juste correcte avec un personnage secondaire très décousu). La multiplication de points de vue ne trouve jamais l’issue que l’on pouvait espérer : un sens à tous ces combats, individuels ou collectifs. L’urgence humanitaire, l’impuissance politique, l’indifférence de l’opinion, tout cela est dénoncé. Mais The Search, qui fondamentalement aurait du être une histoire de survie, ne cherche qu’à nous embarquer dans cette histoire de retrouvailles familiales. C’est maladroitement construit, avec une accélération sur le final qui empêche d’éprouver quoi que ce soit. Même si l’objectif est que chacun des protagonistes trouvent sa place dans son groupe, le spectateur cherche toujours quel film Hazanavicius a voulu faire. Un twist sur la fin ne suffira pas à nous faire changer d’avis.

La fin un peu niaise nous désespère. Le rythme s’est considérablement ramolli depuis une bonne heure. Le découpage semble un peu bâclé sur la dernière demi-heure. Mais, plus offensant, avec une telle fin, le réalisateur évacue toute position politique, alors que le personnage de Bejo existe pour ça. Comme si, faute d’utopie, il s’était résolu à un optimisme béat après avoir dénoncé tant de crimes… On cherche encore et toujours les raisons d’une œuvre aussi vaine. Un acte manqué.

vincy



(c) ECRAN NOIR 1996-2017