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Foxcatcher

Sélection officielle - Compétition
USA


MES SÉANCES DE LUTTE





"La plupart de mes amis m'appellent "aigle" ou "aigle doré". Les deux conviennent."

Prenant le contre-pied de nombreux films retraçant la carrière d'hommes d'exception, Bennet Miller ne raconte pas l'ascension mais plutôt la chute d'un sportif de haut niveau pris dans les filets d'un riche héritier lunatique. Le film est construit en deux parties distinctes : la première dresse le portrait de Mark Schulz et s'attache avec humour et sensibilité à la relation qu'il tisse avec son nouveau mentor John du Pont ; la seconde se concentre sur le déclin du lutteur et la rivalité opposant son frère et entraîneur à John du Pont.

Tout le talent cinématographique de Bennett Miller transparaît dans la première heure du film, évocation inspirée et physique de ce qu'est la lutte, sport sensuel et chorégraphique par excellence. La première séquence où l'on voit Mark s'entraîner avec un mannequin en caoutchouc a quelque chose d'animal et d'halluciné. Les mêmes gestes, les mêmes mouvements, encore et encore. Puis il s'entraîne avec son frère, et cela devient un ballet virtuose, un corps à corps hypnotique, débordant de sensualité et de force mêlées. La musique et le montage renforcent la simplicité narrative, et masquent l'absence apparente d'enjeu. Mark évolue entre un frère aimant et un père de substitution attentif. L'avenir s'ouvre devant lui comme un boulevard pavé de victoires.

L'intrigue se noue dans l'heure suivante, lorsque la relation entre Mark et son protecteur se dégrade brutalement. C'est là aussi que le film perd de son intérêt. En un plan, Bennett Miller montre la déchéance de son personnage : les cheveux décolorés, une bière à la main, il éconduit son frère au téléphone. Tout est dit. La suite est alors plus convenue, et pas vraiment palpitante. On s'ennuie un peu devant les derniers soubresauts du champion pour revenir sur le devant de la scène, et des tentatives de son ancien protecteur pour garder le contrôle sur lui. Là encore, les enjeux restent minces, et rapidement expédiés. La perversité du mentor est même à peine esquissée, tout comme la jalousie qui oppose soudain Mark à son frère.

Benett Miller poursuit dans sa veine esthétique (sens du cadre, utilisation maligne de la musique, délicatesse des plans) mais semble étirer inutilement le film sans croire lui-même à la force dramatique de son intrigue. On a alors le sentiment que le film concilie deux visions différentes d'une même histoire, ce qui explique le déséquilibre net entre les deux parties et cette impression qu'il reste en suspend, inabouti, comme trop à distance des événements et des personnages qu'il met en scène.

MpM



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