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Grace de Monaco

Sélection officielle - Ouverture
France / sortie le 14.05.2014


GAMES OF THRONE





"L'idée que ma vie est un conte de fées est déj�, en soi, un conte de fées."

Après s'être pench� sur la vie d'Edith Piaf dans le succès planétaire La môme, Olivier Dahan livre le récit extrêmement romanc� (et romanesque) d'un épisode particulier de la vie de Grace Kelly et de la Principaut� de Monaco au début des années 60. Conçu comme un feuilleton télévis�, le film virevolte d'une scène et d'un thème � l'autre, mélangeant allégrément les genres : mélodrame familial, portrait de femme, drame historique, récit politique et même thriller. Tout est si format� et efficace que tous les publics devraient s'y retrouver. Tous, sauf les cinéphiles qui ne pourront laisser passer l'indigence d'une mise en scène qui a systématiquement recours � des effets appuyés et artificiels (musique mélodramatique, gros plans sur le visage tantôt ravag�, tantôt inquiet de Nicole Kidman, champs contre champs sans imagination...) venant renforcer cette impression de regarder une fiction télévisée. Peut-être le seul moyen imagin� par Olivier Dahan pour réaliser un film résolument populaire qui, ne voulant déplaire � personne, utilise tous les trucs et astuces des médias de masse, suspense, répliques faussement acides et rebondissements compris.

On est d'autant plus surpris par la polémique qui oppose les enfants de la princesse � la production. Rien, dans ce portrait terriblement lisse de Grace n'a en effet de quoi choquer, ou même contrarier : l'ancienne star hollywoodienne apparaît sous son plus beau jour (mise en valeur par une Nicole Kidman très glamour), � la fois très intelligente et totalement dévouée � son mari et � son peuple, mais aussi pleine d'humour et dotée d'un solide sens de la répartie. Une femme parfaite qui, en plus, est présentée comme une justicière doublée d'une sauveuse de Monaco alors menacée d'une annexion pure et simple par la France. Si le film se passait dans un royaume inconnu, avec des noms d'emprunt, on croirait presque avoir � faire � une nouvelle super-héroïne, sorte de croisement entre Sissi et Wonderwoman.

Plus intéress� par les apparences que par le fond des choses, Olivier Dahan reste ainsi perpétuellement en surface, et s'interdit de creuser plus avant les relations faussées entre Grace et son époux, ou le ressenti réel d'une femme perpétuellement empêchée, qui doit se couler dans un moule d'évidence trop étroit pour elle. Le fonds politique (qui apporte un vrai enjeu � la narration) donne surtout l'impression d'être un prétexte pour amener l'héroïne � résoudre ses conflits intérieurs. Lorsqu'elle est contrainte d'abandonner sa carrière pour être ce qu'on attend d'elle (épouse, mère et souveraine), et donc littéralement rentrer dans le rang, le cinéaste invente un épilogue alambiqu� qui viendrait justifier ce renoncement ultime, au lieu d'en explorer les stigmates et les effets. On espérait un peu de chair, une réflexion � portée universelle sur la douloureuse condition féminine de l'époque, et sur la lourdeur d'un protocole (� nos yeux dénués de sens) qui asphyxie lentement ses souverains, mais l� encore le récit reste superficiel, naïf et presque � l'eau de rose. De grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités, nous dit Olivier Dahan comme pour filer la métaphore de la super-héroïne. Certes, mais pourquoi en nier la portée sacrificielle (et même émotionnellement violente) avec un happy end de circonstance ?

On a au fond tout au long du film le sentiment que le cinéaste s'attache � une idée directrice qu'il ressasse inlassablement, faute de véritable point de vue : être princesse fut le plus beau rôle de Grace Kelly, et probablement celui qui lui demanda le plus d'efforts. Mais plus il nie que la vie de l'actrice fut un conte de fées, plus il fait paradoxalement de son film un conte merveilleux et idéalis�, dépourvu de la moindre aspérit�.

MpM



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