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Sarah préfère la course

Certain Regard
/ sortie le 07.05.2014


RUN SARAH RUN





«- J’aime pas bien ça pleurer.»

La course comme seule échappée : la liberté réelle, loin des schémas de société, loin de l’égoïsme maternel. Chloé Robichaud dessine le portrait d’une jeune fille, pas toujours sympathique. Mais en la filmant avec une réelle sincérité et une forme de naturalisme, s’alignant sur le cinéma d’une Agnès Varda, la cinéaste québécoise nous la rend attachante. La jeune actrice Sophie Desmarais contribue beaucoup au charme du film. Physiquement, elle est cette athlète, féminine et déterminée. La puissance de ses pieds, la précision de ses gestes, son visage concentré sont autant de détails à façonner sa personnalité. Sarah préfère la course c’est l’histoire d’une obsession : se sentir vivre en courant, préférant courir à toute autre activité. Sarah ne se laisse pas aller, ne se laisse pas vivre. Elle doit courir, le plus vite possible. Elle se marie par opportunisme, migre à Montréal par opportunité. L’ambition par tous les moyens. Se sortir de sa condition, quitte à flirter avec l’immoralité. Elle est secrète, elle intellectualise peu.

Par petites touches, la réalisatrice nous montre une femme incapable d’aimer un homme, de s’intéresser au monde, de s’intégrer dans la société. Une solitaire pure. Dommage que le scénario soit si faible et que le rythme se relâche à certains moments. L’interprétation fine de Desmarais ne suffit pas à donner du souffle à l’ensemble. D’autant que la réalisatrice ne parvient pas à harmoniser le style de différentes scènes, alternant un cinéma fougueux avec des plans fixes sans réelles cohésions. L’excellent travail du son sauve souvent l’impression d’un film qui aurait mérité un peu plus de travail au niveau de l’écriture. Car nous ne somme pas convaincus par l’usage d’un artifice scénaristique : l’entretien avec le journal de l’Université dévoile la personnalité de cette coureuse là où il aurait fallu imaginer des séquences qui nous la révèle.

Par conséquent, il y a besoin d’un incident pour que le film tienne sur sa longueur. Le drame est évidemment métaphorique, appuyant un peu lourdement sur le défaut principal de Sarah : son cœur est faillible. Autant dire qu’elle n’a pas de cœur. Elle refuse que son cœur batte anormalement. L’amour, elle se l’interdit. Le sexe ne lui procure pas les vibrations d’un sprint. « Je pense que c’est pas pour moi » affirme Sarah après son dépucelage sans extase.

A trop intérioriser ses émotions, à trop s’angoisser pour quelques micro-secondes, Sarah est devenue une machine. Pourtant, et c’est la plus belle partie de cette œuvre délicate parce qu’elle est davantage suggérée que exhibée, Sarah a bien des palpitations liées à ses désirs érotiques. Dès que Robichaud conduit son personnage vers les frontières de l’intime – ses tentations, sa sexualité – le film offre une facette plus enrichissante, presque intrigante. On devine un trouble qui ne dit pas son nom. Une aspiration à sortir du vestiaire comme d’autres sortent du placard. Mais plutôt que de se laisser emporter par ses sentiments, Sarah préfère tous les compromis, les mensonges, pour atteindre un objectif vain mais essentiel pour elle. Etonnant portrait d’une femme fermée sur elle-même dont s’interroge sur son devenir. Comme le film, il y a quelque chose d’inachevé.

vincy



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