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interview de marcela said

 

L'été des poissons volants (El verano de los peces voladores)

Quinzaine des réalisateurs - Compétition
/ sortie le 23.04.2014


DES RACINES ET DES AILES





« - le domaine m’appartient. Tu es une privilégiée, sois-en consciente. »

Après plusieurs films documentaires, la réalisatrice Marcela Said se lance dans la fiction et pour ce, situe son histoire dans le sud du Chili avec le conflit Mapuche pour toile de fond. Car même si Marcela Said change de forme cinématographique, elle conserve, comme dans ses documentaires, un grand attrait pour les questions politiques chiliennes.
Après I love Pinochet sur les partisans du dictateur, Opus Dei, une croisade silencieuse où elle tente de comprendre les rouages de l'Organisation tout en mettant en lumière l'influence publique de cette dernière et El mocito dans lequel elle a recueilli le témoignage d'un "boy" des tortionnaires de la dictature, Marcela Said plonge cette fois en plein territoire mapuche.

Le film est né d'une expérience personnelle. Marcela Said raconte s'être rendue dans une très belle propriété du sud du Chili où il y avait une lagune magnifique. Souhaitant s'y baigner une femme le lui interdit disant que la lagune étant remplie de carpes son père y avait mis des explosifs pour s'en débararsser. Trouvant l'histoire hallucinante, la réalisatrice décide de la transposer à l'écran mais ne pouvant le faire sous la forme d'un documentaire elle se lance alors dans la réalisation de sa première fiction.
C'est ainsi que L'été des poissons volants a vu le jour. Dans la "jungle" du sud du Chili vit Pancho, grand propriétaire terrien. C'est lui qui, obsédé par les carpes qui "envahissent" le lac autour duquel s'étend son domaine, décide de s'en débarasser à tout prix… quitte à les faire exploser. L'homme semble convaincu de sa toute-puissance dans ce territoire que les "blancs" ont pillé aux indiens mapuche; mais sa fille Manena, adolescente, ne voit pas les choses à sa manière. Le conflit mapuche s'immisce peu à peu dans leur relation et Manena refuse l'attitude paternaliste et de "colon" qu'adopte son père envers la population locale.
L'actrice qui interprète Manena est tout en justesse. Elle incarne à merveille cette jeune fille qui se découvre peu à peu une conscience politique en contradiction avec les idées de ses parents, enfin surtout de son père qui par son charisme impose sa vision à tous, même à sa femme.

La nature quant à elle devient un personnage à part entière et englobe le film d'un voile quasi magique. La brume épaisse qui étreint le film du début à la fin et vient se poser doucement sur la surface du lac tout en s’accrochant tendrement aux cimes des montagnes et des arbres donne un aspect féérique presque surnaturel accentuant à la fois le côté pesant, métaphore du conflit Mapuche en arrière-plan, jamais explicite mais toujours bien présent. La "jungle" nous entoure, la nature étant au centre du conflit. Les grands propriétaires terriens dépossédant les indiens de leurs terres, la nature semble ici répondre à ces attaques. Elle paraît hostile pour certains et accueillante, protectrice, pour d'autres. À la façon des films de Miyazaki, la nature est bien vivante, presque humanisée, (inter)réagissant avec les hommes qui la côtoient, la brutalisent ou bien au contraire avec ceux qui tentent de la préserver. On se laisse emporter, on marche dans les pas de Manena s'enfonçant de plus en plus au coeur de cette jungle qui l'accueille et avec laquelle elle apprend à vivre et qu'elle apprend à connaître. C'est donc avec un grand bonheur qu'on se laisse envelopper par cette forêt épaisse qui n'a ici rien d'effrayant mais qui a plutôt un côté envoutant.

Morgane



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