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Tip Top

Quinzaine des réalisateurs - Compétition
France / sortie le 11.09.2013


DEUX FLICS AMIES-AMIES





« Le protocole, c’est pour moi. C’est ma passion. »

On aurait pu être complètement emballé par cette fantaisie policière, bien barrée avec son ton décalé. Hélas, Serge Bozon ne parvient pas à tenir la note de bout en bout. Son enquête foutraque s’achève de manière brouillon, après avoir allumé toutes les mèches d’un feu d’artifice qui finalement n’explose jamais.

Bien entendu, c’est très drôle, au moins pendant un certain temps. Dialogues politiquement incorrects savoureux, personnages truculents délicieux, situations absurdes salivantes. Cependant, comme empêtré dans sa propre mécanique, le réalisateur fait coincer les rouages bien huilés du début. La fluidité disparaît et le découpage maladroit colle des scènes sans leur donner de direction, ou même un sens, jusqu’à ce final inachevé.

Pour le reste, il conserve sa marque de fabrique : on accroche, ou pas. Un jeu d’acteur statique, des personnages piégés par leurs névroses, des répliques surréalistes, des interactions très chorégraphiées… C’est presque théâtral, c’est en fait burlesque. Comme un hommage à un cinéma où le comique n’est pas honteux. De Guitry à Chabrol, Bozon dresse un portrait d’une France qui se complait dans la médiocrité. Seules deux femmes (tout un symbole) intelligentes, mais dotées de perversions sexuelles amusantes, essaient de sauver du marasme une communauté corrompue. Isabelle Huppert n’avait pas retrouvé un rôle si inventif depuis Copacabana, à la fois SM et psychorigide (il faut la voir récupérer ses gouttes de sang avec la langue !). Mais c’est avant tout Sandrine Kiberlain qui épate, décidément fabuleuse dans la comédie, avec son caractère soumis, fluctuant, et ses fantasmes de voyeuse. Deux femmes, deux logiques, autant de possibilités pour créer un environnement caustique face à des protagonistes ignobles et ignares.

En arrière-plan, Bozon évoque la France des immigrés, attaque frontalement les préjugés et le racisme. Mais son scénario peine dès qu’il s’agit de suivre son enquête, bricolée sans queue ni tête, alors qu’elle occupe un espace assez important de sa trame narrative. Le spectateur, séduit par la galerie de portraits, se retrouve désemparé par rapport à l’intrigue, qui semble désintéresser le réalisateur comme les acteurs.

Dommage. Car l’hilarité est bien présente par certains moments. En variant trop les rythmes, Bozon créé une cacophonie dont on ne perçoit plus la mélodie qui nous avait conquis dans la première moitié du film. Tip Top, avec ses bonnes idées et cette incohérence, s’avère bancal. C’est dans son surréalisme qu’il nous happe. Malheureusement, le réalisme gâche le plaisir, tout comme cette fin aussi soudaine qu’abrupte. La frustration nous gagne. On aurait aimé mater plus longtemps, ou prendre des coups. Avant même le coït, nous voilà tristes.

vincy



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