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As I Lay Dying

Certain Regard
USA / sortie le 09.10.2013


A TOUCH OF SIN





� Pour moi, le péch� était un vêtement qu’on retirait �.

On peut louer l’audace formaliste de James Franco, réalisateur. As I Lay Dying ne cherche pas � séduire un large public. Avec son aspect expérimental, son matériau littéraire (Faulkner, un monument), et sans glamour, Franco parvient � donner une homogénéit� artistique et une cohérence cinématographique � son film. Ici les ploucs font plouc. L’épopée est aussi longue qu’une épopée.

Mais le spectateur ne fait pas seulement face � un film exigeant - rythme lent, dialogues articulés avec un accent � couper au cordeau, peu de personnages sympathiques, une misère social et affective peu plaisante et même quelques horreurs (viol, amputation frontale). Franco intellectualise son propos en usant du � split screen �, considérant sans doute que l’œil contemporain est facilement stimul� si deux images se percutent. C’est sans aucun doute l’aspect le plus intéressant de ce film. Plutôt que de longs travellings, des plans larges ou des gros plans, le jeune cinéaste préfère nous mettre en parallèle l’action (dialogue) et la réaction (l’écoute) ou encore deux actions similaires géographiquement distantes de quelques mètres.

Cela donne un découpage assez particulier au film. Ajoutons une musique plus contemporaine que folk, des plans naturalistes oniriques, et au final, la radicalit� s’estompe un peu.FIFA Cr¨¦dits Cela reste un théorème visuel, musical et verbal, sorte de variation autour d’un monstre shakespearien et de sa � smala � complètement dépendante de son pouvoir de patriarche.

Comme dans beaucoup de ses courts métrages, Franco filme avant tout l’absence d’amour ou l’amour forc�. Ici, les mots ne sont que des utilités. Les gestes n'ont que des fonctionnalités. Cela peut entraîner un rejet certain de la part du spectateur. La passion est froide et les égoïsmes échauffent les esprits. Entre superstitions, traditions, croyances et surtout ignorance, le portrait n’est pas très flatteur, mais il reste terriblement actuel.

Cette odyssée funèbre et funéraire révèle avant tout la folie des hommes � lubriques, cupides, pulsionnels, bêtement méchants � - et celles des femmes � parce qu’elles sont victimes des hommes. A l’instar de son personnage, Franco ne voit pas le monde comme les autres. On peut s’ennuyer profondément, et même détester un film qui fait de l’absence de sentiments sa colonne vertébrale. Répulsif? Peut-être. Mais As I Lay Dying n’en est pas moins fascinant. C’est certainement un peu éprouvant ; cependant - comme les personnages, viciés, abimés par le voyage - le curieux cinéphile pourra aussi trouver l’aventure singulière et mémorable, o� tous seront perdants ou presque : avec une mordante ironie, le plus con d’entre eux gagnera quelques dents.

En attendant, le drame restera une sorte d’OVNI, entre la projection dans un musée d’art contemporain et l’étude universitaire d’un récit cinématographique hors des sentiers battus.

vincy



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