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Rencontre avec Anthony Chen
site internet du film

 

Ilo Ilo

Quinzaine des réalisateurs - Compétition
/ sortie le 04.09.2013


LOVELY BONNE





"Tu as apporté ton chapelet ?
- Oui.
- Tu peux le mettre au placard, il n’y a pas de place pour Dieu ici.
"

Ilo Ilo a le parfum de l’enfance, des souvenirs doux amers et d’une nostalgie faussement naïve. Avec sa narration discrète, il mêle la petite à la grande histoire, observant le flux ténu des relations humaines, où les tensions et les petits instants de grâce tissent un quotidien presque banal, et pourtant fourmillant de sens. Avec beaucoup de pudeur et de légèreté, Anthony Chen montre en effet les réalités d’une immigration de travail en forme d’esclavage moderne, et les difficultés économiques qui frappent chacun de plein fouet. On sent également le sentiment d’oppression qui, sans jamais être mentionné, ni même montré frontalement, envahit tour à tour les personnages.

La mise en scène du jeune cinéaste, dépouillée et subtile, lui permet de jalonner un récit plutôt réaliste de passages plus joyeux et humoristiques. Les scènes courtes font l’effet de petites vignettes qui captent une succession de moments. Ce sens du détail, allié à une utilisation presque radicale de l’ellipse, donne au film une sensibilité à fleur de peau. On est saisi par les vagues successives d’émotions générées par un scénario pourtant tout en retenue, et qui renonce à tous les effets faciles d’emphase : pas de musique, pas de grands rebondissements, pas de ficelles mélodramatiques. Car si la tragédie est clairement au coin de la rue (Teresa assiste à un suicide, elle risque sans cesse d’être dénoncée, etc.), le film, lui ne bascule jamais, concentré dans un récit intimiste qui n’en est que plus fort.

Le manichéisme n’est pas dans le vocabulaire d’Anthony Chen qui prend le temps de développer chaque personnage dans toutes ses nuances. Aucun ne se révèle au final tel qu’il semblait au départ, et tous sont confrontés aux espoirs déçus d’une vie meilleure, sans en être brisé pour autant. L’espoir est en effet le maître mot de ce drôle de conte initiatique où, après un cheminement solitaire, chacun semble se retrouver. La morale (il faut revenir à ce qui compte vraiment, à savoir la famille, pour avoir une chance de trouver le bonheur) a quelque chose de convenu, d’utopique et de naïf, mais elle est si joliment amenée que l’on a envie d’y croire, tout simplement.

MpM



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