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Osama

Quinzaine des réalisateurs - Compétition
Japon / Afghanistan


CHEVALIER D’EON





Avec des turbans, ils font de nous des taliban.

Une manifestation de femmes en burka bleue ouvre le film de Siddiq Barmak. Elles descendent en nombre une rue poussiéreuse en scandant : « ceci n’est pas politique, nous voulons du travail ». Les hommes et les garçons s’enfuient, craignant les représailles des taliban qui ne tardent d’ailleurs pas à arriver. Ils ouvrent le feu sur la foule qui se disperse tant bien que mal. Les femmes qui n’ont pas réussi à leur échapper sont mises en cage comme des bêtes. Toute cette séquence introductive est tournée caméra à l’épaule par un reporter américain venu enquêter sur l’arrivée au pouvoir des taliban. Soudain, l’image se brouille. Fondu au noir… Le journaliste vient de se faire tabasser et arrêter. La vie reprend son cours et c’est à présent le destin d’une fillette que l’on suit. L’adolescente accompagne sa mère à l’hôpital. Celle-ci tente de continuer à exercer son métier de médecin. Sans succès.

La présence des taliban est ressentie comme fantomatique et terrorisante. Dans un premier temps, Barmak ne les filme pas, il se contente de nous faire entendre leur voix. Il se focalise sur le visage apeuré de celui ou de celle à qui les taliban s’adressent. Ils sont craint. Leur arrivée est annoncée dans la rue… Les femmes afghanes apprennent à jouer à cache-cache avec ces hommes. Lorsqu’elles célèbrent un mariage par exemple, elles chantent et dégustent des pâtisseries. Sitôt que l’un des « étudiants islamiques » approche, tout ce qui est interdit disparaît promptement sous la burka et leur chant se transforme en une plainte mortuaire. Une scène particulièrement bien réalisée nous montre une femme assise sur le porte-bagages d’un vélo. Sa burka se soulève et laisse apparaître ses pieds. Un taliban pointe sa matraque vers ses chaussures et elle baisse lentement, résignée, sa burka pour les cacher.

Sobre et puissant, « Osama » a la dureté du réel. Certaines séquences nous laissent un goût amer. A la fin, en particulier, on enrage de les voir prendre des bains pour se purifier après avoir commis d’horribles méfaits (dont le viol d’une adolescente, prisonnière d’un vieillard despotique). Il est judicieux de la part de Barmak d’avoir choisi de suivre l’itinéraire d’une fillette privée d’enfance. La jeune actrice principale, dont c’est les premiers pas devant la caméra, a un regard noir, intense et profond. Une seule fois, ses lèvres ébauchent un semblant de sourire. Elle porte sur son visage une gravité qui n’est pas de son âge, et est stupéfiante de vérité et de naturel. Son innocence et sa fragilité font ressortir toute l’horreur du système de pensée des taliban, de leur justice expéditive et de leur perversion déguisée sous leur prétendue vertu. Pour son premier film, Barmak frappe fort et fait preuve d’une bonne maîtrise de la caméra. Ce réalisateur est venu porter à Cannes un souffle nouveau venu du cinéma afghan.

(Vanessa)

Vanessa



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