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Le congrès de futurologie (roman)
Valse avec Bashir

 

Le Congrès (The Congress)

Quinzaine des réalisateurs - Ouverture
USA / sortie le 03.07.2013


VALSE AVEC LES PANTINS





«- Que ferez-vous avec cette chose appelée Robin Wright ? »

L’ambition d’Ari Folman est louable : transposer la philosophie et l’esprit du roman d’anticipation de Stanislaw Lem en une œuvre singulière, audacieuse, formellement gonflée même. Malheureusement, le cinéaste n’a pas su restituer la cohérence attendue entre son avant-propos, réaliste, et les paraboles futuristes et orwelliennes, animées. Film déséquilibré, Le Congrès, fascinant dans sa première demi-heure, devient confus et difficilement compréhensible durant certaines séquences. A trop vouloir être fidèle à la vision du livre, le cinéaste perd le spectateur avec une narration complexe, des digressions et mises en parallèle trop présentes et, finalement, un enjeu perdu de vue qui revient au premier plan dans les ultimes minutes. Hélas, nous avons décroché depuis longtemps, quand le scénario, pas assez rigoureux, nous a abandonné au milieu d’un conflit sans queue ni tête.

Cinématographiquement passionnant, l’œuvre oublie l’aspect romanesque de son sujet, multipliant les messages au point de nous en gaver et de frôler l’indigestion. Tout cela conduit Le Congrès à être très inégal, parfois maladroit, souvent ennuyeux. Il se laisse piéger par les mêmes défauts que de nombreux films se confrontant aux dangers de la réalité virtuelle.

Cependant tout n’est pas à jeter dans ce film. La première partie, en prises de vues réelles, en mélangeant cruauté d’un système, dérives des technologies et souffrance intime d’une femme/actrice/mère offre un regard passionnant sur le monde qui nous entoure. Et en proposant par la suite un film d’animation qui rappelle davantage les dessins animés traditionnels d’autrefois, avant l’arrivée de l’image assistée par ordinateur, en nous remémorant les anciens films de l’actrice Robin Wright (faussement dans son propre rôle), il veut rendre hommage à une fabrication de l’imaginaire plus artisanale, alertant des menaces technologiques qui s’annoncent. Il anticipe, à sa manière, le formatage hollywoodien, cette industrialisation déshumanisée d’un art qui ne cherche plus que l'efficacité plutôt que de dialoguer avec nos âmes et nos consciences. Mais Folman ne parvient jamais à connecter les deux parties de son film hybride.

Entre décors surréalistes et un humour noir assez jouissif, le film démarre comme une comédie hollywoodienne. Par la suite, la noirceur des situations (et même l’horreur du monde imaginé) et la mélancolie des êtres les plus lucides seront atténués par les couleurs pastels et presque « enchanteresses » de la partie animée. Choix étrange. D’autant que le pacte faustien qui fait passer le film du monde réel à celui des enfers (ou du paradis artificiel) méritait sans doute un traitement moins coloré et moins psychédélique. Après tout Le Congrès parle de la manipulation des êtres, à l’instar d’un Matrix. Cette métaphore du pouvoir de l’industrie de l’image qui agit comme une drogue pour s’échapper d’une réalité horrifique pouvait conduire à un film d’anticipation plus tragique que pessimiste.

La laideur de l’animation à certains moments n’aide plus le spectateur à s’accrocher à une histoire dont le fil est pour le moins décousu. Seul l’aspect satirique parvient pendant un certain temps à nous captiver. Mais il fait vite place à une hallucination sous acide presque grotesque. Les guests et les références n’aident pas plus à nous divertir. Seule l’utopie qui s’en dégage nous rend encore curieux. Le Congrès semble indifférent à vouloir explorer, approfondir les théories qu’il aborde. Paradoxalement, en cherchant sa voie, le film nous amène à l’opposé du chemin qu’il nous montre : on préfère en effet revenir à la réalité que de rester dans cet univers onirique où l’égo et la chair ont disparu. Ce qui résume bien l’œuvre de Folman : une désincarnation après de multiples réflexions. Un burn-out où la surchauffe du créateur a dirigé le film à une sorte de coma artistique, rendant le spectateur végétatif.

vincy



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