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All is lost

Sélection officielle - Hors compétition
USA / sortie le 11.12.2013


SEUL AU MONDE





"Je suis désol�."

Un naufrag� solitaire sur une embarcation de fortune... Ça vous rappelle quelque chose ? Pour son 2e long métrage, l'acclam� JC Chandor (Margin call) revisite un genre bien spécifique : le film de survie. Mais attention, ici, aucun artifice pour gonfler l'intrigue ou dynamiser le récit. Pendant une heure et demi, ce sera seulement le personnage principal incarn� par Robert Redford (magistral) face aux éléments déchaînés. Pas d'animal de compagnie � qui parler, pas de flash-back pour éclairer la vie du personnage, � peine une voix-off (concentrée dans la séquence d'ouverture). Une œuvre radicale qui ne s'intéresse qu'� la confrontation entre l'homme et la nature, et plus spécifiquement � la manière dont un individu lambda réagit face � des conditions extrêmes. Autant dire qu'on est loin d'un film comme L'odyssée de Pi auquel on pense immanquablement. L'approche de JC Chandor est avant tout documentaire, ce qui implique une image réaliste o� rien n'est jamais esthétique ou gratuit. Les trombes d'eau, le ciel d'encre, les roulis du bateau ne sont pas l� pour être impressionnants ou spectaculaires. Dans All is lost, la tempête, la mer, la pluie et les éléments déchaînés sont au contraire des personnages � part entière. Entre eux et l'homme seul sur son bateau se joue une guerre ancestrale dépourvue de haine mais non d'enjeu. Car chaque erreur peut être fatale.

Tout le film est ainsi une succession de gestes minutieux et précis qui sont autant de contre-attaques � l'égard de la nature en furie : réparer la radio, sécher le téléphone portable, colmater la brèche de la coque... Les séquences très courtes et très sèches donnent la sensation qu'un narrateur omniscient observe la scène sous tous les angles possibles. Il ne se passe presque rien de palpable, hormis ces petites actions matérielles, et pourtant c'est captivant. Parce que ce qui se joue ici, c'est le face � face d'un homme avec lui-même, sans artifices ni trémolos, et avec la mort en ligne de mire.

Seule la musique (qui va crescendo, finissant dans un lyrisme pompier � contre-courant) ne colle pas avec la mise en scène ultra réaliste et la sécheresse brute de la narration. Un contresens surprenant de la part de JC Chandor qui, � côt� de cela, réalise une bande-son qui se suffisait � elle-même : grincement des cordes, craquements du bateau, vagues qui s'écrasent sur la coque... Une ambiance sonore complètement raccord avec l'image, toujours sur le fil, anxiogène, et donnant l'impression au spectateur d'être sur le bateau lui-même. Mais l'intégrit� du cinéaste n'a pas réussi � être absolue et totale : en ajoutant une tonalit� lyrique � l'atmosphère, via une musique en inadéquation avec le sujet, il impose au spectateur une émotion factice que tout le reste du film avait pourtant réussi � tenir � distance.

MpM



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