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La Vénus à la fourrure

Sélection officielle - Compétition
France / sortie le 13.11.2013


DES HOMMES ET DES DÉESSES





"Vous ne serez jamais en sécurité dans les bras d'une femme, quelle qu'elle soit."

Fable aux faux airs de comédie de boulevard, La Vénus à la fourrure vaut pour ses dialogues brillants, sa mise en scène inventive et son sens inné du rythme. Malgré une forme a priori austère (deux personnages dans un lieu unique), Polanski adapte avec une certaine virtuosité ce huis clos théâtral aux accents minimalistes. Le film virevolte dans tous les sens, passe d'une ambiance à une autre, et ne souffre aucun temps mort.

Le propos, pourtant, laisse perplexe. Le contexte sado-masochiste laissera indifférent les spectateurs qui ne pensent pas le monde comme une succession de rapports de force, ou qui estiment que chacun trouve son bonheur où il le souhaite. Quant au fond éminemment féministe, il correspond également à des préjugés un peu vieillots. La mystérieuse Vanda semble en effet vouloir prouver au metteur en scène que les femmes sont autant capables que les hommes d'exercer leur domination sur autrui.

Certes. Mais elle passe surtout complètement à côté du véritable enjeu du féminisme moderne, à savoir la conviction qu'il n'est pas nécessaire qu'un sexe domine l'autre, et qu'une relation basée sur un tel principe est forcément biaisée.

Après, si l'on s'extrait de cet aspect du film, on peut apprécier le duel verbal auquel se livrent les deux personnages. Répliques de théâtre et propos réels s'y mêlent de manière de plus en plus inextricable au fur et à mesure que progresse l'intrigue. Emmanuelle Seigner, qui se transforme du tout au tout d'une scène à une autre (selon si elle incarne Vanda le personnage ou Vanda l'actrice), fait un travail de composition assez remarquable. Mathieu Amalric n'est pas en reste, qui passe de Thomas à Vanda avec un naturel saisissant. Au fond, c'est lui qui a le dessous pendant presque tout le film, devenant peu à peu l'objet consentant de ce jeu malsain.

Un malaise peut en effet saisir le spectateur face au rapport de force qui s'engage de manière allégorique entre cet homme et cette femme semblant jouer au nom de l'Humanité toute entière la manche décisive d'un combat ancestral. Selon les sensibilités et les parcours, on sera soit captivé, soit agacé par cette satire affichée du sexisme traditionnel. À moins tout simplement que l'on y reste indifférent. Reste alors un objet cinématographique virtuose, mais assez creux.

MpM



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