Choix du public :  
 
Nombre de votes : 141
 












 
Partager    twitter



festival-cannes.com
drive
site internet du film

 

Only God Forgives

Sélection officielle - Compétition
/ sortie le 22.05.2013


IN THE MOOD FOR BLOOD





- Billy a viol� et tu� une fille de seize ans.
- Je suis sûre qu’il avait ses raisons.


Nicolas Winding Refn était attendu au tournant. Il nous aura au moins évit� une sorte de Drive 2. Loin du formatage habituel, le cinéaste danois continue d’explorer d’autres pistes pour actualiser et anoblir la série B. A l’inverse d’un Tarantino qui va exploiter des références � classiques � avec son style, Winfing Refn préfère se réapproprier le genre et le métamorphoser en un objet parfois mal identifi�.

Pour cela il use de quelques procédés : ici le sang est une couleur chaude. L’image de ce Bangkok by night (quasiment tout le film est nocturne) sublime les ombres et les lumières de cette descente aux enfers. Cela rappelle le cinéma de No� (Irréversible, Enter the Void) et le travail du chef opérateur Christopher Doyle dans l’habillage de la violence ou des émotions par un esthétisme excessif. Il y a aussi la musique et plus généralement le son. Ainsi, même si vos paupières sont closes devant quelques atrocités sadiques, l’horreur est palpable. La trame sonore fait le reste en accompagnant ce voyage peupl� de cadavres, mettant nos nerfs � rude épreuve quand il s’agit de patienter jusqu’à un coup de grâce ou soulignant les montées d’adrénaline. Elle nous hante presque davantage que l’image.

Enfin, il y a le découpage et la narration du film. Si l’on peut être dubitatif devant l’aspect caricatural du film � la sensation de déj�-vu est l’élément le plus plombant de Only God Forgives -, on reste épat� (bluff�, arnaqu� ?) par l’originalit� formelle du récit. Le réalisateur flirt ici avec les premières œuvres de Wong Kar-wai, avec des ellipses, peu de dialogues, et des hallucinations ou fantasmes qui décodent les pensées et émotions intimes du personnage principal. Il met ainsi en place l’enjeu de son film en illustrant des rencontres virtuelles, comme s’il s’agissait d’intuitions ou de rêves prémonitoires.

Le film frustrera les amateurs d’action et déroutera ceux qui espèrent un final traditionnel, avec surenchère, ce genre de face � face o� un seul peut survivre. Avec son triptyque pas très tendre Mère / Fils / Flic, Winding Refn déroule froidement et calmement une histoire de vengeance qui ne sert que de paravent. La mère (Kristin Scott-Thomas, suprême salope comme on n’en a peu vu au cinéma) pourrait être le symbole de cet Occident finançant les trafics de drogue en Thaïlande et excusant le proxénétisme (y compris sur des mineures). Pour elle, le fils aîn�, qui deale, viole avec son � énorme queue � et tue, perpétuant ainsi la domination corruptible des anciens colonisateurs, est son préfér�. Tandis que l’autre, � moins bien membr� �, honnête, raisonnable et fidèle, n’est qu’un faible. Le film prend alors une dimension très différente et justifie les séquences finales, la logique des événements. Le flic ne serait donc l� que pour moraliser une sociét� pourrie. Avec des moyens douteux, certes.

Quant au fils (Ryan Gosling, nickel), il doit résoudre son problème oedipien avec cette castratrice de mère qui l’affaiblit et le rend même impuissant (l’homme est voyeur et incapable de se battre). Le cinéaste, en lui demandant de jouer en mode � 2 de tension � nous leurre : ce personnage l� a une violence cachée en lui, mais ce n’est pas celle du protagoniste de Drive. Cette tonalit� � basse � de Gosling accentue également l’atmosphère inquiétante du film. Car la tension est permanente, hormis quelques intermèdes doucereux (volontaires) un peu maladroits, grotesques et faciles. On est davantage séduit par son sens du mouvement (tout est � la fois fluide et lent) et du cadrage (que ce soit pour mettre en place l’espace de l’action ou pour poser ses personnages). Ou même cette obsession pour les mains, qui peuvent se glisser entre des cuisses, trainer un pourri, ou pénétrer une plaie béante.

Dans Only God Forgives, banale histoire de liens du sang, les démons sont lâchés, mais pas trop, les salauds paieront, et salement. C’est un film noir inond� de rouge. Une œuvre écarlate o� l’on ne s’éclate pas tant que ça. Ici la vengeance est un plat qui se mange chaud. � N’oubliez pas mesdames, quoiqu’il arrive, de garder les yeux fermés.

vincy



(c) ECRAN NOIR 1996-2017