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Un château en Italie

Sélection officielle - Compétition
France / sortie le 30.10.2013


VALERIA DANS TOUS SES ETATS





"Je vais me suicider tranquillement, mais vite, parce que j'ai froid, là."

A la manière d'un cinéaste comme Woody Allen, Valeria Bruni-Tedeschi est en train de construire une oeuvre en forme de psychanalyse dans laquelle elle dépose ses névroses et ses doutes existentiels. Son rapport à la richesse, son désir d'enfant, ses interrogations sur son métier d'actrice, la maladie de son frère... Elle met tant d'elle-même dans ses films, et notamment dans Un château en Italie, que l'on pourrait l'accuser d'impudeur. Mais elle vise souvent juste, entre émotion et salutaire auto-dérision, transformant de fait une expérience qui relève du domaine de l'intime en récit universel.

Elle a ainsi la faculté rare de capter, à travers de petits riens, la vie comme elle va, et notamment son lot d'absurdités et de mesquineries. Sous sa caméra, une rencontre amoureuse vire au burlesque, un enterrement apparaît dans toute son insupportable hypocrisie, la religion tourne à la farce... Sans parler des relations familiales, forcément conflictuelles, qui oscillent entre interrogatoire digne de l'inquisition et petites remarques acerbes lancées avec un sourire innocent. Qui n'a jamais souffert de la cruauté bienveillante de ses proches, ou de leur sollicitude envahissante ?

Valeria Bruni-Tedeschi n'épargne pas son personnage, mi-hystérique, mi-paumée, obsédée par son désir d'enfant, et à qui tout le monde rappelle sans cesse qu'elle est seule. Malgré des situations romanesques, des dialogues savoureux et un humour burlesque en apesanteur, c'est en effet lorsqu'elle est sincère que Valeria Bruni-Tedeschi touche le plus. Ainsi, sa quête de maternité a beau être traitée sur le même ton décalé que le reste, elle est bouleversante de justesse.

Mais à trop faire reposer le film sur son personnage (qu'elle interprète par ailleurs avec beaucoup de finesse) et son histoire d'amour (avec un Louis Garrel plus émouvant que mordant), la cinéaste crée elle-même son propre talon d'Achille : dès qu'elle n'est plus à l'image, l'intérêt retombe de plusieurs crans. La troisième partie semble ainsi moins enlevée, moins inspirée. La crise de jalousie de Nathan indiffère, de même que la relation de la mère de Louise avec l'ami artiste de la famille. On voudrait être plus ému par la maladie du frère, plus séduit par les intrigues parallèles. Peut-être la réalisatrice est-elle tout simplement moins à l'aise avec le drame et la tragédie qu'avec la légèreté et le romanesque.

Toutefois, à l'image du dernier plan du film, il y a dans Un château en Italie un élan en forme de promesse et d'espoir. Une histoire qu'il reste à poursuivre, avant d'en nourrir un prochain film. En espérant que Valeria Bruni-Tedeschi ne trouve pas trop vite un sens à sa vie, parce qu'elle nous priverait de fait d'un cinéma certes ténu et peu spectaculaire, mais à l'indéniable personnalité.

MpM



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