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Inside Llewyn Davis

Sélection officielle - Compétition
USA / sortie le 06.11.2013


THE MAN WHO WASN’T HERE





«- Promène toi dans une capote géante parce que tu n’est que de la merde.»

Après le triomphe de True Grit, que nous réservaient les insaisissables frères Coen ? Inside Llewyn Davis les fait revenir à un genre qu’ils affectionnent : le portrait d’un homme presque dépressif. Le plus récent exemple fut A Serious Man. Les films partagent quelques similitudes, dans le ton comme dans le propos. Mais les Coen ont préféré un univers plus rude, une atmosphère plus souterraine, pour ne pas dire un peu hostile. Nous voilà revenu à Barton Fink. La direction artistique est parfaite : le New York des années 60 semble plus réel qu’il ne l’était. Une fois de plus, ils scrutent l’Amérique à travers une époque révolue (même si la dure loi du show biz n’a pas vraiment changé).

A cela, les deux frères ont ajouté un ingrédient déterminant pour singulariser leur comédie dramatique : la musique. Un folk, entre blues et country, qui ponctue le film régulièrement, en session « live ». Un futur carton en téléchargement pour écouter les soirs d’hiver tant les chansons séduisent les oreilles. Regrettons cependant qu’il y en a ait un peu trop, ralentissant considérablement le tempo de ce faux road trip. L’attention se décélère vite et parfois, les complaintes à la guitare nous distraient plus qu’elles nous envoûtent. D’autant que la fin, identique au prologue, nous rend perplexe. Certes la boucle est bouclée et Davis revient là d’où il est parti. Un tour pour rien. Mais cette narration qui se veut audacieuse, cherchant à se distinguer d’un quelconque formatage - ce qui est louable -, ne justifie pas cet artifice inutile et inexplicable, qui rend le procédé plus vain qu’épatant…

Cependant, le charme n’est jamais rompu. Guidé par un acteur fabuleux, Oscar Isaac, méconnaissable avec sa barbe, le film est mené tambour battant. Cet itinéraire d’un enfant rêveur (« If we had wings » comme l’indique la pochette d’un de ses vinyls) et désoeuvré nous emballe souvent. Grâce à quelques astuces comiques, des situations caustiques et des plans dignes des meilleures comédies américaines « à l’ancienne », les compères nous font rire, et passer ainsi un agréable moment, alternant le cocasse et l’intime. Malgré la gravité palpable, la légèreté est de mise et les dialogues sont mitonnés aux petits oignons. Les chansons sont tristes mais les personnages suffisamment excentriques pour alimenter le délire. Cela va d’un chat couleur miel qui joue les perturbateurs de destin à un pseudo James Dean mystérieux, en passant par un couple d’intellos trop gentils ou une secrétaire d’un autre âge hilarante, des syndicalistes bourrus ou un vieil homme un peu grossier…

Cette comédie absurde, farfelue et facétieuse cache cependant une ambiance mortifère, où les personnages font « semblant » d’être. Llewyn Davis est le seul à être intègre, sincère, mais sa maladresse, son deuil, sa « lose » l’empêchent de s’envoler. On est immédiatement en empathie : a-t-on idée de faire autant de mauvais choix, d’être si maladroit ? Cela confère une chaleur à l’ensemble, uli donnant les allures d'une fable sur un raté, d'une franche rigolade autour d’un ringard. Un régal qui aurait été total si le film n’était pas aussi inégal dans son rythme. Un peu comme si l’on jouait du jazz sur un morceau de folk… Question de ruptures.

vincy



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