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Jeune & Jolie

Sélection officielle - Compétition
France / sortie le 21.08.2013


BEAUTÉ PAYÉE





«- Moi aussi j’ai eu ton âge, moi aussi j’ai fait des bêtises.
- Toi aussi t’as fait la pute ?
»

Après l’adolescence masculine avec Dans la maison, François Ozon s’intéresse à un portrait d’une jeune fille (magnétique Marina Vacth) de 17 ans, nommée Isabelle, dans Jeune & Jolie. Il ne faut pas se fier à ce titre candide de magazine féminin, même si quelques articles auraient pu fournir la matière au scénario : « étudiante et prostituée », « la puberté des garçons », « ma mère ne me comprend pas », « comment faire fantasmer les hommes », …

De l’été au printemps, voici l’année d’une fille a priori sans histoires qui décide de se faire dépuceler sur le sable pendant les vacances et de monnayer sa beauté entre ses cours au lycée bourgeois Henri IV et son dîner familial. Le film sait nous charmer, ponctuant les saisons de chansons originales au son très sixties. Mais Ozon ne parvient pas à se distancer de situations déjà vues (au point de faire un peu de remplissage lorsqu’il s’agit de montrer les différents aspects du kamasutra et des fantasmes masculins). Le sujet en lui-même n’a rien d’original.

Le malicieux Ozon – reconnaissons que le cinéaste prend des risques à changer de genres et éviter un quelconque formatage à chacun de ses films – a su écrire un scénario plaisant, habité par des personnages sympathiques et attachants. Cependant son film manque de soufre et d’intensité. Pas assez ténu. Chronique familiale, non dénuée d’humour, flirtant avec les Sautet, on aurait préféré qu’il aborde Jeune & Jolie façon Chabrol. Car la perversité habituelle que manie avec maestria habituellement le réalisateur est la grande absente de ce film, somme toute didactique. Le film échappe cependant à toute forme d’explication psychologique (à l’instar de Sleeping Beauty l’an dernier), ce qui le sauve d’un discours moral, ici très ambivalent.

Tout repose sur l’épilogue, avec en guest-star Charlotte Rampling (qui mieux qu’elle peut incarner la liberté de mœurs ?). Après avoir subit les réactions « classiques » de la mère (Géraldine Pailhas, impeccable), entre désir de protection, incompréhension, colère et répulsion, nous avions presque peur que le cinéaste nous laisse en plan avec un jugement simpliste et négatif sur son personnage principal, aussi lumineux que sombre, mutique et secret, avec ses variations mélancoliques, et d’une manière générale sur ces femmes se faisant payer pour leur corps. Mais Ozon revient à son cinéma avec l’arrivée impromptue d’une femme âgée sur les lieux du « crime ». Rêve ou réalité, ce passage onirique est la suite logique d’un scénario qui ne veut rien savoir des motifs ou des envies d’Isabelle. Elle est comme le poème de Rimbaud, récité au milieu du film : insouciante, subissant son mal être, amoureuse infinie… « On n’est pas sérieux quand on a 17 ans ».
Alors l’archange Rampling apparaît et lui rappelle sa liberté individuelle, sans juger ses actes. Comme dans Sous le sable, Ozon conclut sur un fantasme, lié à l’absence, mais aussi accomplissement d’un deuil. Hélas, Jeune & Jolie n’en a gardé que le côté vaporeux, qui s’oublie aussi vite qu’un mauvais rêve au réveil.

vincy



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