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Gatsby le Magnifique (The Great Gatsby)

Sélection officielle - Ouverture
USA / sortie le 15.05.2013


LE BÛCHER DES VANITÉS





«- Quel cirque !»

Il y a bien un lointain écho avec notre époque dans ce Gatsby écrit par F. Scott Fitzgerald dans les années 20. Baz Luhrman s’attache d’ailleurs à faire quelques ponts, musicaux la plupart, entre ces années folles et aujourd’hui. Ainsi, le déclin idéologique, les fractures sociales (et le mépris envers les étrangers à sa caste), les mœurs libérés, l’irresponsabilité des individus, la cupidité et l’argent égoïstement dépensé, ou encore la superficialité des êtres nous renvoient une image hélas trop familière. On peut, par cet angle, saisir l’intérêt d’une nouvelle version de Gatsby.

A cela s’ajoute que le cinéaste australien, fidèle à son style, a modernisé le roman avec moult effets visuels, une bande sonore qui remixe des airs de jazz et autres swings hypes (avec des mélanges R&B ou hip hop), des décors numérisés qui transforment la réalité en un conte de fée. C’est anachronique et irréel comme l’était Moulin Rouge, proche cousin cinématographique : Satine est ici Gatsby, jusque dans son destin tragique, Nick n’est autre que Christian, fiévreux écrivain aux portes de l’aliénation, Le duc de Monroth a trouvé son équivalent dans le raciste et décliniste Tom, le peintre confident est remplacé par une sublime championne de golf… Luhrman nous raconte finalement toujours la même tragédie : un amour impossible contrarié par les ambitions et certitudes de chacun. Ici encore, tout le monde est corrompu, malhonnête, menteur, lâche, sauf les rêveurs. Le rêve est incorruptible.

Dans cette histoire, assez similaire dans ses enjeux à celle de Titanic, jusque dans son final (sans trop en révéler). Mais il manque à Gatsby l’émotion ; il en est complètement dépourvu, étouffé par sa direction artistique. Certes le film est spectaculaire, parfois splendide, et la première demi heure est aussi virevoltante qu’entraînante. Hélas le récit est vite plombé par une narration en voix off, des redondances visuelles, un radotage éprouvant dans les dialogues. Tout se répète comme un remix d’une chanson connue qui s’étire sans fin pour épuiser les danseurs sur la piste. C’est un film funky mais il nous laisse à l’écart, comme l’est ce pauvre Nick (Tobey Maguire), observateur refusant de se laisser porter par l’ivresse, dans ce monde où les nantis sombrent dans une décadence sans fin. Le culte de la réussite, par les liens du sang ou des relations peu avouables, empêche chacun d’être libre, et rend les uns dépendants des autres. L’aliénation est palpable tout au long du film : c’est d’ailleurs le sens du premier plan de Gatsby : un rescapé se fait soigner dans un sanatorium.

Derrière toute cette façade bling bling et colorée, bruyante et extravagante, hélas, il n’y a que du vide. Les êtres sont beaux (et les acteurs bons) mais n’attirent ni sympathie ni empathie. Le film est à leur image, vide. Cette vacuité dont Gatsby le magnifique souffre se ressent au fil du film. L’ennui nous gagne, la longueur nous assoupit, le final ne nous bouleverse pas. Il faut tout le talent d’un DiCaprio pour nous réveiller avec une furie soudaine ou une vulnérabilité touchante. Il perce .alors la surface des effets foisonnants pour rendre le spectacle un peu plus habité. Car si Luhrman est un voyeur à l’imagination débordante, comme son héros, il ne sait toujours pas comment la réguler. La frénésie de sa « mascarade kaléidoscopique » convient pour la parti lumineuse de son personnage, moins pour son aspect mystérieux, associable et énigmatique. Ce Fantasia aurait parfois mérité un peu de sobriété, de contrastes… Voire une vision un peu moins littéraire de l’histoire : Gatsby après tout est un mirage, un fantasme, « une façade » (l’homme parfait, à qui il manque l’essentiel, l’amour, comme il manquait un Rosebud à Mr Kane) d’un écrivain refoulé et courtier fumiste. Cette apologie de la mythomanie aurait pu fournir un matériau moins mélodramatique et plus fantastique.

De ce barnum où les illusions muent en désillusions, il ne reste qu’un vague dilemme et une quête d’un passé impossible à restituer, qui conduira à une série de tragédies. Le bonheur jouissif est factice, et le malheur bien réel. C’est exactement le problème du film : incapable de restituer le génie du roman, de choisir entre une œuvre populaire, jeune et un sujet mature, dramatique. Gatsby n’est ni magnifique, ni mirifique. Juste fantomatique.

vincy



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