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Une famille respectable (Yek Khanévadéh-e Mohtaram)

Quinzaine des réalisateurs - Compétition
/ sortie le 31.10.2012


UNE FAMILLE DÉSHONORÉE





«- La section des martyrs est un pays à part entière.»

La caméra subjective lors du prologue, à la Kiarostami, nous immerge d’emblée dans un voyage qui tourne mal. L’ambiance est hostile, agressive. Ce n’est pas la première fois que le cinéma iranien évoque la difficulté pour un citoyen de vouloir sortir de son pays. Mais ce chaos est clairement angoissant. L’habileté du découpage conduit le spectateur à ne pas savoir s’il s’agit d’un début, d’une fin, ou d’une étape du film. Bref, à être aussi perdu que la figure centrale de cette histoire.

Une famille respectable est un portrait cruel et violent d’un pays où les interdits, la censure, la corruption et l’hypocrisie s’entremêlent. Le titre est ironique à plusieurs niveaux. Il n’y a évidemment rien de respectable dans les mœurs de certains membres de cette famille. Ce qui induit que la « famille » n’est qu’un artifice sémantique pour désigner des personnes que tout oppose.

Naviguant entre l’Iran du début des années 80, avec ses martyrs, et celui d’aujourd’hui, avec ses pourris, le film de Massoud Bakhshi ne dessine pas un portrait très glorieux de cette dictature. Le personnage central, Arash, professeur revenu d’Occident de manière temporaire, dont on apprend progressivement son passé, se laisse, malgré lui, par naïveté enfermé dans son propre pays. Il est contraint d’enseigner certaines choses clandestinement à une jeunesse qui ne demande que ça. Mais l’instinct de survie le pousse à repartir : Une famille respectable c'est le récit d'une évasion qui est continuellement contrariée.

Ce drame se révèle alors davantage thriller que sociologique. Nerveusement, le metteur en scène installe par petites touches les conditions pour que son « héros » soit un faux coupable, en étant tout à fait innocent. Persécuté, manipulé, surveillé, Arash est sans doute la seule âme masculine « pure » du film, dont les protagonistes sont jugés fous quand ils sont normaux, cruels et salauds quand on les croient bienveillants. Une famille respectable n’hésite pas à montrer que la loi du sang n’est pas celle qui coule dans les veines mais celle qui se déverse dans la rue.

Malgré quelques temps morts, ce suspens devient imprévisible et nous met sous tension. Cette paranoïa, mélangée à l’incertitude quand au sort de ce professeur pour lequel on a une empathie naturelle, nous maintient captif grâce à un scénario suffisamment retors. Le cinéaste n’oublie pas, au passage, de révéler un Iran qui se désagrège : les absurdités de la bureaucratie, une société aux aboies, des femmes incapables de se révolter, le machisme ordinaire, une fracture sociale explosive, un système finalement barbare et assumé comme tel. En signant une œuvre sur le déclin de l’empire persan, Massoud Bakhshi fait preuve pourtant de magnanimité avec son pays en proie aux guerres depuis des siècles. La fin énigmatique, ouverte, peut faire espérer un avenir différent.

vincy



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