Choix du public :  
 
Nombre de votes : 151
 












 
Partager    twitter



festival-cannes.com
site officiel du film
Page Facebook du film

 

Les bêtes du sud sauvage (Beasts of the Southern Wild)

Certain Regard
USA


WATERWORLD





"- L'univers marche bien quand tout est � sa place."

N'hésitez pas : faites vous porter par les flots d'émotion de ce premier film sensationnel et poétique. Peu importe si Benh Zeitlin en réalisera d'autres et s'ils seront aussi réussis. Les bêtes du Sud Sauvage, fable écologique, nous évade dans un autre monde, peupl� de créatures étranges et de sentiments universels.

Au coeur de ce film, une gamine, presque sauvage - une révélation en soi tant la fillette semble être son personnage -, qui écoute les palpitations cardiaques des animaux qui l'entourent ou de son père, alcoolique, dur, solitaire et malade. Leur relation est conflictuelle et rende l'homme, a profil, presque antipathique. Mais cette défiance n'est que de façade. Tout comme son manque de sympathie. Dans cet éden o� les arbres, les bêtes et l'eau sont rois, isol� de la civilisation américaine, le père et la fille vivent de peu, dans un taudis, en communion parfaite avec la nature qui les entoure.

Au loin, une digue les sépare d'une raffinerie laide et d'une sociét� formatée : le monde sec. Marginaux et rebelles, ils transmettent des coutumes d'un autre temps, circulant en bateau ou pieds nus, se soignant avec les plantes... Le film ne fait aucun prosélytisme. Chacun sa vie. Ici elle est aquatique, verdoyante, sans technologies, ludique. L�- bas, ils n'ont qu'une seule semaine de vacances, des poissons dans du plastique, des poussettes pour transporter des bébés.

Princesse Hushpuppy

Et surtout, � cause d'eux, le climat se réchauffe et la fonte des glaces les menace. Le film bifurque alors dans deux directions parallèles. La dégradation de l'état de sant� du père pousse sa fille � chercher sa mère disparue. Question d'équilibre. A cela s'ajoute la colère de la nature avec une tempête très puissante qui a toutes les chances d'inonder le bassin qui leur sert de territoire, transvasant l'eau salée dans l'eau douce, tuant ainsi arbres et espèces marines, sans compter les dégâts matériels. A terme, le bassin est condamn� par ces blocs de glaces qui se décrochent du pôle nord pour augmenter le niveau de l'océan Atlantique et faire disparaître leur � pays � anarchiste.

Par ces deux histoires, la gamine ne doit apprendre qu'une seule chose : survivre. Maladroite, en manque d'affection, parfois terrifiée, débrouillarde, brave, généreuse, un peu folle (ou pyromane), elle a de grandes idées sur l'univers, dont on n'est qu'un des aliments de ce buffet cosmologique. Lorsque de colère, elle frappe, avec son poing, le coeur de son père, la nature se révolte et dévastera tout. "J'ai tout cass�" dit-elle. L'univers entre en marche, gronde sa rage, et se déchaîne contre ces misérables humains, contraints � l'exode. Il y a bien quelques fous, des Fisher Kings, pour braver les Dieux... Cet univers est symbolis� par d'énormes cochons sauvages, qu'on croierait sortis d'un film d'Hayao Miyazaki. Cela donne au film une dimension symboliste, onirique, étrange et fascinante. Ils foncent sur leur destination, cette zone entre eau et ciel, pour mieux l'anéantir... Il faut un personnage de conte de fée pour les arrêter, une Princesse Mononoke capable de tout dompter comme de tout saccager. La petite est dotée d’un courage puis� au fond de ses désir, ces douceurs amères o� elle fait le lien entre ses racines et son avenir. Les dernières scènes, crescendo, émeuvent, bouleversent, nous transportent dans un état non pas second mais étranger. Les séquences se suivent avec une belle maîtrise narrative. Les bêtes du sud sauvage, entre illusions et sensations, histoire que l'on raconte le soir et propos philosophique sur le rapport de l'homme � la nature, nous aventurent dans un cinéma aussi singulier que beau, aussi touchant qu'intéressant. Mieux, il nous semble parfaitement harmonieux, des cochons sauvages au tripot � putes o� s'echouent les sirènes perdues..

Larmes de crocodiles

Dans ce film, les gens ne montrent pas leurs sentiments, même s'ils sont attachés � chacun des membres de la communaut�, solidaire. Ils ne sont pas bêtes mais ils sont sauvages. Ce n'est pas tant la fin du monde qui les concerne, mais bien la fin de leur monde. Une fois cass�, difficile de le réparer. Ils y résistent, font sécession, et même organise une attaque terroriste pour redonner la vie � leur zone de vie. "T'es un animal" nous rappelle-t-on. Pourtant derrière cette atmosphère primitive, la poésie reprend ses droits.

La camera virevolte, épousant le rythme des situations, soutenues par une musique très bien accordée. Naturaliste, cette première oeuvre file � toute vitesse, sans jamais nous lâcher. Elle nous conduit � bon port : non pas celui de l'angoisse mais bien celui de toutes les émotions. La mise en scène est ingénieuse et la direction d'acteurs inventive. L'histoire nous amène au bord des larmes (� pas pleurer � nous dit-on pourtant), comme poussés par des forces telluriques qui nous feraient trembler devant un final rendant hommage � l’entraide et la transmission générationnelle. Altière et adorable, la fillette porte sa croix : sauver les hommes de leur sauvagerie envers la nature, qui elle ne meurt jamais.

vincy



(c) ECRAN NOIR 1996-2017