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Journal de France

Sélection officielle - Séances spéciales
France / sortie le 13.06.2012


PROFESSION : REPORTER





Outre sa réalisation de la photographie du nouveau président de la république, Raymond Depardon signe également un excellent retour dans les cinémas avec ce nouveau docu-fiction Journal de France, divisé entre séquences d'archives et tour de France photographique, art si cher à l'auteur. Toujours accompagné de sa femme Claudine Nougaret, celle-ci apporte une voix off venant narrer ce qui se déroule sous nos yeux. L'accord est ainsi parfait entre l'image, masculine, et la voix, féminine.

Le long-métrage adopte une structure qui en elle-même rappelle ce que Jonathan Caouette a fait dans Walk Away Renée. Mais Depardon est moins vaniteux. Le cinéaste sillonne ainsu la France à la recherche de prises de vues et de photographies exemplaires, ponctué d'archives formidables sur sa vie. Concernant le parcours du pays, cela s'apparente davantage à une fiction, le personnage de Raymond étant construit, du moins autant que ses dialogues et ses cadres. La scission entre cinéma et photographie se réduit le temps de contempler un paysage, une maison, un environnement singulier ; le son ou l'air faisant s'agiter les feuilles parviennent à nous rappeler que l'on est bel et bien dans du cinéma, art capturant le mouvement.

À contrario on trouve d'anciennes archives traitant d'évènements internationaux et d'épisodes politiques. Sur une période assez dense du XXème siècle, Depardon et Nougaret nous embarquent au sein d'un voyage d'exploration de faits marquants : comme cette rébellion de Tchécoslovaques contre l'occupant Russe ; ces crises durant lesquelles son rôle s'apparente à celui d'un reporter, ou des faits plus légers tels des rencontres - comme cet extrait somptueux de tournage du Rayon vert de Rohmer - ravira les fans.

La dérision selon Depardon

Et si le ton des images d'archives pourrait facilement virer dans la nostalgie, le trop sérieux, voire dans l'hommage quasi-posthume à Raymond Depardon (pourtant encore vivant et bien décidé à continuer dans le cinéma), surgit alors un registre bien plus décalé afin de garder un rythme soutenu. La distraction n'est donc pas oubliée puisque le film contient des scènes véritablement drôles : qu'il s'agisse de moments cocasses entre vieux compères, la nonchalance d'un Valéry Giscard d'Estaing ou encore l'humour noir de policiers, on rit aisément tout au long du film.

Journal de France évoque en fait un retour sur la longue carrière de Raymond Depardon qui se pose comme observateur de l'Histoire comme de son propre travail, l'épluche, pour finalement faire un tri. Il y a comme un aspect sacrificiel à cette oeuvre : toutes ces heures à filmer, photographier, sélectionner, se mettre en scène, monter sa propre histoire dans la grande Histoire. C'est vif, réjouissant, les images sont parfois superbes, tantôt en noir et blanc tantôt en couleur, et les musiques choisies viennent clore l'enjouement collectif que représente cette balade dans l'oeuvre d'un grand homme parcourant la route de son pays, parcourant le temps oublié ou enfuit dans des tiroirs, et le redécouvrant pour le partager avec nous. Édifiant.



Matthieu



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