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The Paperboy

Sélection officielle - Compétition
USA / sortie le 14.11.2012


LE JOURNALEUX, LE MEURTRIER, SA FEMME ET SON AMANT





«- Si quelqu’un doit lui pisser dessus, ce sera moi !»

S’il n’y avait pas eu son précédent film Precious et les stars au générique de ce Paperboy, Lee Daniels aurait-il été en compétition ? On peut s’interroger sur la pertinence de ce navet américain en lice pour la Palme d’or. Sur le papier, tout y est, jusqu’au sujet. En salles, tout nous afflige tant l’insipidité du film nous laisse stupéfaits. La mise en scène manque tous ses objectifs, échouant à faire transpirer le désir que le scénario évoque, à érotiser chaque scène de cul, à nous captiver pour cette histoire de coupable / innocent, à faire monter le suspens pour nous accrocher jusqu’au final, une chasse à l’homme dans les marais. Ça débute comme un de ses films des années 80 qui repasse sur les chaînes de télé de seconde zone, en deuxième partie de soirée, et ça finit comme un mauvais téléfilm cherchant à satisfaire le téléphage peu exigeant. Lee Daniels réussit l’exploit de faire passer A Time to Kill pour un très bon film. Il est donc très loin de To Kill A Mockingbird, chef d’oeuvre du genre.

Louables intentions que de vouloir aborder le racisme, la frustration sexuelle, les relations fraternelles, la justice pénale, le quatrième pouvoir et la responsabilité des actes de chacun. Encore faut-il que le résultat ne soit pas convenu, d’une part, et inabouti, d’autre part. Sans réelle cohérence, The Paperboy passe d’un thème à l’autre, et ne parvient jamais à leur donner une cohésion d’ensemble. A l’image, les couleurs chatoyantes coexistent avec une lumière plus hollywoodienne et un dernier acte cinématographiquement banal. La chaleur qui ferait même transpirer Dieu laisse place à une froideur inexpliquée puis à une moiteur à peine suante. Jamais Lee Daniels n’arrive à insuffler à l’écran un style propre, une couleur singulière ou même une progression intelligente des événements.

Cent fois entendus, les dialogues sur la ségrégationn encore très présente dans cette Floride des années 60, nous laissent de marbre. Cent fois vu, le scénario ne laisse aucune place à des rebondissements, préférant, dissiper quelques mystères et résoudre, de manière bancale et partielle, son énigme.
Reste le traitement de la sexualité : un jeune homme en rut, une nympho givrée, un noir opportuniste baisant par intérêt, un homo préférant le SM (seule séquence crue du film), … Le film punira tous les déviants. Cette morale grossière s’ajoute à notre exaspération.

Tragédie et fait divers n’ont au bout du compte plus d’importance. L’absence totale de subtilité se double d’une vulgarité visuelle complaisante. Que ce soit la scène où Kidman urine sur Zefron piqué par des méduses ou la même Kidman chauffant à blanc le prisonnier Cusack en simulant une scène pornographique (qui fait passer Basic Instinct pour un monument de sexualité subtile), la caméra de Daniels ne réussit jamais à trouver la note juste entre érotisme suggéré et exhibitionnisme ridicule. Veut-il choquer ? C’est raté.

Avec son quintet de frustrés, The Paperboy tente de vouloir montrer la face obscure de chacun. En vain. Trop romanesque, le film parle de désir et de névroses, superficiellement, maladroitement. La psychologie, elle, est oubliée depuis longtemps.
Si Kidman, en Barbie avec le feu au cul, et McConaughey en homo balafré, font le job avec les rôles les plus audacieux du film, notons surtout que c’est le duo Zac Efron / Macy Gray qui séduit, même s’il apparaît banal. Les rares moments de sincérité de l’histoire proviennent de leur alchimie, malgré le jeu très appuyé de la chanteuse et l’utilisation du comédien comme publicité pour des slips blancs et des maillots de bain. Lee Daniels reste désespérément en surface de ses sujets et ne conserve que le côté sensationnel de cette chronique sudiste, pour en faire un gros titre alléchant, avec des images aguicheuses. Mais cela fait longtemps qu’on est passé à la page suivante.

vincy



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