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Post tenebras lux

Sélection officielle - Compétition
/ sortie le 08.05.2013


LUMIERE ETEINTE





"Je fais toujours du mal à ceux que j'aime le mieux."

Soyons honnêtes : chaque film de Carlos Reygadas est une expérience déconcertante et radicale qui s'avère désagréable pour la majorité des spectateurs. C'est à cette majorité qu'on s'adressera ici, car les autres, qui ont la chance de savoir capter l'essence de ce cinéma ésotérique, auraient plutôt des choses à nous expliquer qu'à découvrir...

Voici donc le nouvel opus du cinéaste mexicain, partiellement autobiographique parait-il, et construit comme une succession de scènes apparemment aléatoire mêlant une famille aisée, des travailleurs pauvres, des rugbymen anglais et le diable (!), silhouette rouge munie d'une boîte à outils qui erre dans les couloirs la nuit (l'idée la plus amusante du film). Même les temporalités se brouillent tandis que les personnages apparaissent et disparaissent au gré des séquences. On est dans une anarchie faussement organisée, ou alors dans une construction complètement incompréhensible, c'est au choix.

Carlos Reygadas a visiblement quelque chose à dire sur le mal et la forme qu'il prend dans nos vies, mais il est incapable de l'exprimer autrement que dans un cinéma abscons et poseur qui génère frustration et agacement chez le spectateur. Ses intentions sont maladroitement dissimulées derrière des symboles, des allégories et des séquences à la frontière entre fantasme et réalité. Si bien que l'on a beau essayer de glaner des bribes d'éléments et de réunir les différents morceaux du puzzle, le réalisateur semble avoir dissimulé des pièces, voire d'avoir mélangé plusieurs puzzles, histoire de rendre la tâche la plus mal aisée possible.

Même la mise en scène, qui valait d'ordinaire des louanges au cinéaste, ne rattrape cette fois pas l'ensemble. Passe encore pour le format carré, mais l'artifice consistant à créer des effets de flou sur les bords, ce qui dédouble certains éléments de l'image, est parfaitement insupportable. On devine qu'il s'agit de signifier les séquences en vue subjective, probablement lorsque le film adopte le point de vue du diable, mais rien ne vient vraiment accréditer cette thèse, rendant le procédé encore plus factice.

Alors, d'accord, il faut parfois accepter de ne pas tout comprendre et de se laisser porter par les sensations générées par un film. Mais pour cela, encore faut-il qu'il y ait des émotions ou même des impressions à capter, autres qu'une immense frustration doublée d'une exaspération croissante. Après un final grotesque, on est comme l'un des personnages, ou comme les arbres de la forêt, prêt absolument à tout pour en finir.

MpM



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