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Dans un autre pays (In another country)

Sélection officielle - Compétition
Corée du Sud / sortie le 17.10.2012


VARIATIONS EN LA(SSITUDE) MINEUR(E)





"Vous vous rappelez pas notre baiser ?"

Une lassitude prend le critique au moment d'écrire sur le nouveau long métrage de Hong Sang-soo, parce qu'à peu de choses-près, on a envie d'écrire les mêmes phrases que pour ses films précédents. Et pour cause, comme on le soulignait par exemple pour Ha ha ha, chaque long métrage du Coréen semble être une "énième variation sur le couple et les rapports amoureux". Ici, le procédé relativement simpliste rappelle d'ailleurs un peu celui d'Oki's movie ou de Ha ha ha : les courts métrages écrits au bord de la mer par une jeune réalisatrice servent de prétexte à trois récits à la fois semblables et différents, mettant en scène des personnages similaires interprétés par les mêmes acteurs. En l'occurrence, trois variations autour des relations amoureuses et du thème de l'incommunicabilité, qui forment elles-mêmes une nouvelle déclinaison des thèmes favoris du cinéaste.

Comme d'habitude, les relations humaines et amoureuses sont auscultées "non pas sur un mode universel qui induirait forcément des drames et des passions fulgurantes, mais d’une manière assez anecdotique, quasi triviale", comme on le soulignait déjà dans Woman on the beach. D'ailleurs, à l'époque, on faisait remarquer que "s’il fallait étiqueter les films de Hong Sang-soo, sans doute choisirait-on une appellation du type "étude terre-à-terre des mœurs amoureuses"." Ici, on a en effet un couple conflictuel (les causes changent selon les récits), des cas d'adultère et des tentatives de séduction plus ou moins habiles. Hong Sang-soo s'amuse à faire varier les paramètres, et démontre par exemple que la femme divorcée a plus de chance de céder aux avances de ses différents prétendants que la réalisatrice célèbre.

On est incontestablement dans un marivaudage sans prétention où le cinéaste tire toutes les ficelles, brouillant les pistes, multipliant les résonances entre les scènes et s'appuyant sur la répétition des situations pour faire jaillir humour et dérision. Quant au style du réalisateur, il ne change guère, se cantonnant toujours aux plans fixes, aux zooms et à quelques timides et rares mouvements de caméra. Si bien que l'on se sent en terrain connu dans "cet autre pays", malgré la présence d'Isabelle Huppert, que l'on n'aurait pas imaginée en héroïne d'Hong Sang-soo, c'est-à-dire fantasque et délicieusement inconsistante, ou malgré la faible teneur en alcool des différentes séquences (proportionnellement à d'habitude).

Le problème étant que cette impression de déjà-vu, même si elle tisse un lien avec le spectateur, donne le sentiment que le cinéaste coréen, englué dans ces sempiternels aléas amoureux, ne fait plus rien d'autre que se caricaturer lui-même. Pire, on commence à douter qu'il ait encore quelque chose de neuf à raconter, et ça, ça ne nous donne pas du tout envie de rire.

MpM



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