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Amour

Sélection officielle - Compétition
France / sortie le 24.10.2012


SCENES DE LA MORT CONJUGALE





"- Que ça ne gâche pas ton bonheur..."

Le déclin. Haneke n’a jamais parl" d’autre chose. Cet instant où nos vies basculent à cause d’un accident, d’un hasard tragique ou de la mort. Amour à mort. Ou Amour, à la vie, à la mort. Maîtrisé, son dernier film observe de façon clinique la déchéance d’un couple. Non pas qu’ils ne s’aiment plus, au contraire, mais un arrêt du cœur chez la femme va casser leur communion. On admire avec quel brio il découpe cette spirale vers le néant, là où l’esprit a disparu, le corps n’existe plus. Sobres et pudiques, les scènes, sans qu’aucune ne soit superflue, en allant directement à l’essentiel, entraînent l’épouse dans un état de dépendance toujours plus grand.

Cette femme, autrefois pianiste, vive, aimant parler de littérature et de musique, écoutant la radio (la télévision est absente), sombre ainsi dans nos yeux dans un état léthargique et humiliant. Cette souffrance visible (remarquable Emmanuelle Riva) ne doit pas occulter la souffrance intime de son mari (Jean-Louis Trintignant, merveilleux monstre gentil) qui, impuissant, voit son grand amour lui échapper en s’évadant vers un monde où l’enfance ressurgit par mots incohérents. L’alchimie des comédiens produit un couple touchant, admirable, juste.
A l’inverse des générations suivantes, volages, égoïstes et indécises, ces bourgeois, courtois, si harmonieux, se séparent malgré eux.

Fin de vie indigne où la sénilité (qui fait écho à celle de Girardot dans La Pianiste) détruit même les souvenirs les plus beaux. Il s’agira de faire une sortie digne. De mettre fin à cette horreur psychologique, causant angoisses et cauchemars,FIFA 15 Coins de la manière la plus belle. De faire cesser la souffrance et de ne pas être jugé pour ce qui relève du libre arbitre. Il ne s’agit pas simplement d’amour, même s’il en faut une forte dose pour aller jusqu’au bout de cette décision, mais d’un choix personnel, qui implique l’autre. Il s’agit de savoir si l’on est bien marié pour le meilleur comme pour le pire.

Car Haneke aime faire flotter des ombres sur le bonheur. La menace d’un malheur n’est jamais loin (comme dans Caché). S’il a du mal àquitter ses personnages sur la fin, c’est sans doute par désir de refouler leur mort. Cela conduit à quelques scènes plus lentes, moins significatives. Mais nous pinaillons tant Amour révèle une intensité des sentiments qui émeut sans vouloir épater ou larmoyer. A l’image de cette vieille femme, à moitié paralysée, obligée d’enlacer son époux pour se mettre debout.
Dans ce huis-clos - couloir entre vie et mort, portes vers le paradis ou l’enfermement - le cinéaste distille, de manière assez nouvelle pour lui, des pointes de dérision, quelques bagatelles. Les dialogues sont écrits avec une mécanique presque théâtrale. Et parfois l’humour conjure le mauvais sort, ces idées noires qui hantent le quotidien : "Qu’est-ce que tu dirais si personne ne venait à ton enterrement? - Rien, probablement."

Amour est un film dont on apprécie la finesse psychologique, la justesse émotive et la délicatesse de l’ensemble. La froideur habituelle du cinéaste se teinte d’une tonalité plus sensible. En creux, le cinéaste démontre qu’une longue vie peut être belle mais qu'il ne sert à rien de s’acharner quand on ne la vit plus. Avec un regard si universel sur la vie, Haneke signe là une sublime œuvre testamentaire.

vincy



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