Thai Night Cannes 2012


 
 
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Après la bataille

Sélection officielle - Compétition
/ sortie le 19.09.2012


TAHIR OU TRAHIR





« Cassez du manifestant! »

Il y a l’Histoire et l’histoire. Les prises de vues d’actualité et le contexte politique qui surgissent au milieu d’une fiction, prétexte à évoquer la Révolution égyptienne de 2011. Ambitieux. Salvateur sans doute. Une bonne intention de départ qui ne tient, hélas, pas toutes ses promesses à l’arrivée. Bien sûr, nous sommes captivés par ce chaos humain et idéologique si récent et si présent dans nos esprits. Mais Yousry Nasrallah nous noie dans un déferlement d’arguments et de contre-arguments, rendant l’ensemble maladroit tant les propos didactiques dictent leurs lois à la construction dramatique. N’est pas Youssef Chahine qui veut. La plupart des personnages masculins ne sont finalement que des archétypes, symboles de courants de pensée. Y compris le rôle principal, Mahmoud, traditionaliste indécis et déboussolé par les événements.
Reste qu’il dessine de très beaux portraits de femmes. De l’enseignante (qui a 100 élèves dans 4 classes élémentaires) à l’épouse du cavalier, de la vétérinaire à la journaliste engagée, il esquisse un futur qui sera féminin ou qui ne sera pas. Révoltées, combatives, militantes, idéalistes même, elles se frottent à un monde machiste, conservateur, ignare et parfois même corrompu. L’Egypte est en ruines, comme ses Pyramides, qui désormais sont cernées par un mur « de la honte », réservées aux touristes (qui ne viennent plus) et préservés de ses populations environnantes (qui n’ont plus de travail).

La tension est palpable. Les cris nombreux. Le couvre-feu et les manifestations jouent le chaud et le froid dans ce scénario qui se complait dans une lutte des classes un brin caricatural et un rapprochement entre les élites bourgeoises et le peuple légèrement naïf. La Révolution se heurte ainsi au chômage et au problème de l’instruction. C’est le temps des illusions : ceux qui veulent que rien ne bouge, certains que l’ordre reviendra, et ceux qui veulent que tout bouge (trop vite), certains que leurs idées gagneront. Entre ces gens coincés dans des schémas ancestraux et ceux qui sont occidentalisés et éduqués, Nasrallah veut faire passer tous les messages, jusqu’à l’overdose, pour expliquer la complexité de la société égyptienne. Comme une agora démocratique où chaque citoyen serait égal.
Evidemment il se concentre sur sa journaliste, Reem, qui veut croire qu’une autre Egypte peut exister, plus juste, plus tolérante, débarrassée de ses maffieux et de ses religieux. Il en fait une héroïne romanesque, partagée entre sa compassion pour les pauvres, son attirance pour ce cavalier et son engagement passionnel pour la Révolution. Un combat sans fin où chacun risque d’y perdre son souffle, ou sa vie. Pourtant, il manque ces battements de cœurs et cette respiration haletante pour qu’Après la bataille nous emporte réellement. Trop cartésien et trop intellectuel, à l’image de son Reem, le film nous laisse un goût d’inachevé. Comme cette Révolution. Nasrallah a privilégié l’Histoire (sans fin) à son histoire (qui nous laisse sur notre faim).

vincy



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