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Mystery

Certain Regard
Chine


NUITS D'IVRESSE PASSAGÈRE





"J'ai été piégé."

La séquence d'ouverture insuffle au film un violent sentiment d'urgence. Deux voitures font la course, musique à fond, jusqu'à l'accident (prévisible) qui coûte la vie à une jeune femme. La caméra virevolte sous une pluie battante, et l'atmosphère poisseuse du polar se profile. Mais les scènes suivantes retombent dans un quotidien plus classique. Une jeune femme aisée va chercher sa fille à l'école, rencontre une autre maman, retrouve son mari à la maison...

On s'en rendra compte par la suite, Lou Ye pose méticuleusement les jalons du drame qui va se nouer. Il brouille aussi les pistes en mêlant les temporalités et les personnages. Du fait de sa mise en scène caméra à l'épaule, la délimitation entre les scènes reste floue, ce qui est à la fois intrigant et frustrant.

Toutefois, ce qui semble surtout intéresser le cinéaste, c'est de placer ses personnages sous pression, puis d'observer leurs réactions : le compromis, la lâcheté, ou la violence. A ce compte-là, le tableau qu'il dresse de la société chinoise n'est guère flatteur. Pour les classes les plus aisées, tout s'achète. Mener une double vie n'est pas un problème. Et lorsque les choses déraillent, le crime s'avère une option envisageable. Avec, dans les trois cas, le sentiment très net que la fin justifie les moyens.

La froideur avec laquelle ses personnages basculent donne ainsi à voir des individus prêts à tout pour préserver leurs intérêts. Sur le fond, c'est d'un grand pessimisme, et particulièrement critique envers une société incapable de réfréner de telles tendances, voire qui semble les encourager. Dommage que le scénario s'avère plus didactique que subtil, faisant la démonstration presque cartésienne d'une évolution psychologique qui aurait dû être moins balisée.

Certaines des séquences finales souffrent également d'une mise en scène pompière alliant musique dégoulinante et gros plans au ralenti sur un meurtre. Avait-on vraiment besoin de voir rebondir à plusieurs reprises le corps désarticulé de la victime pour saisir le message du film ? Ce maniérisme soudain contrebalance l'immoralité assumée de la fin, et charge le film d'une connotation moralisatrice maladroite et paradoxalement moins percutante.

MpM



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