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Les neiges du Kilimandjaro

Certain Regard
France / sortie le 16.11.2011


MARSEILLE CONNECTION





«- Je ne suis pas comme toi, tu ne me feras pas devenir comme toi. »

Sous ses dehors mélodramatiques et policiers, Robert Guédiguian signe une œuvre politique, où la dialectique oppose deux conceptions de notre société. A partir d’un drame (séquestration et vol), deux amis vont s’éloigner. L’un a une vision pragmatique, disons plutôt socio-démocrate, portée par un humanisme et une envie de croire que l’homme peut réparer les erreurs de la société. L’autre est plus radical, porteur d’un idéal communiste, qui sera capable d’être tenté par une solution de justice plus radicale, pas loin des thèses de la droite dure.

Tout commence avec une vague de licenciement. La lutte des classes n’est plus qu’un combat où les concessions font place aux désillusions et aux sacrifices. Les jeunes refusent d'être traités comme une marchandise. Les vieux font un constat d'échec. Ils incarnent une classe moyenne prolétaire qui se satisfait de ses petits bonheurs. Guédiguian retrouve la lumière et la vitalité de ses plus belles fables (Marius et Jeannette). Il y a une honnêteté dans ce cinéma marseillais. Il ne leur invente pas d’intérieurs IKEA, ne les rend pas mélomanes. Ici la variété française et la déco sont issus de génération d’enfants de la télé nationale. Mais, après une succession de films sombres et même tragiques, il teinte toute cette ambiance provençale de noir.

Il sait bien que l’époque n’est plus rose, que les gens sont résignés plutôt que rouges de colère. Alors, héritant de ses récents films, Guédiguian insuffle des rebondissements à sa fable. Il la complexifie. Il n’y a rien de binaire. Dès le départ, le mal est là. Le futur agresseur de Darroussin ne sera finalement que le produit d’un système dont il a été le complice. Juste des moyens, bons ou mauvais de survivre. Bien sûr le réalisateur favorise les « bons ». Le couple Darroussin / Ascaride, dès son choix, sont les vedettes, ceux pour lesquels on a de l’empathie. Mais il ne faudrait pas occulter le couple plus noir, moins solaire formé par Meylan et Canto. Ni le hasard du casting qui a donné à des « enfants de » le rôle de progénitures bourgeoises gâtées.

Cependant ce polar lumineux ne nous épargne pas la précarité sociale, économique. Il ne nous fait pas larmoyer, il explique des faits. Sans pathos, même si le trait est peut-être exagéré, après tout on est à Marseille. Mais personne n’est détestable, même les voyous.
Les neiges du Kilimandjaro est un film sur un rêve brisé, impossible à atteindre : un idéal ou un voyage. Une paix confortable sera suffisante. C’est surtout une œuvre touchante sur l’injustice. La société nous rend jaloux, envieux… Il est facile de sombrer dans la délinquance ou la violence, même verbale, même en se justifiant de le faire pour de bonnes raisons.

Alors ? Alors il y a les petits bonheurs dont on parlait plus haut. La poésie du barman, la gentillesse de la voisine… cela contraste avec l’individualisme des progénitures de prolos qui se croient bourgeois parce qu’ils ont des dettes et une maison.
Mais que s’est-il passé en quinze ans pour que l’univers de Guédiguian soit constamment menacé par une graine de violence, par des coups du mauvais sort. Où sont les batailles qui nous révoltaient ? Pourquoi tant d’égoïsme ? A travers sa galerie de portraits, interprétés par une troupe de comédiens fantastiques, quelque soit l’importance de leur rôle, le cinéaste illustre les déviances de notre monde, le fossé générationnel, la cupidité des uns et le dialogue impossible entre les autres, le mépris général que l’on s’inflige. Il y a ce mirage de vouloir toujours aller plus loin, plus haut, de grimper le Kilimandjaro. Le final préfèrera une utopie bien différente, plus universelle et humaine.
Dans ce désordre, la morale est belle, tout comme l’émotion.

vincy



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